16 septembre 2021
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Le Vol du Phoenix : Critique n° 1

Rayon bricolage. Option désert.  

J'ai honte. J'ai éprouvé du plaisir à suivre les aventures des rescapés du Phoenix. Le Vol du Phoenix a tout pour être un téléfilm de M6 dans cinquante ans. Lorsque l'image aura assez vieilli pour être kitsch. Est-ce pour cela que j'ai suivi avec attention ce film ? Sûrement. Et cela s'explique. Enfin j'espère. Le Vol du Phoenix, remake d'une production du même nom, réalisé par Robert Aldrich en 1965, raconte les aventures d'une fine équipe rescapée du crash de leur avion dans le désert de Gobi. Impossible de s'en sortir à pied. Tous décident alors de reconstruire leur épave pour regagner leur doux foyer.

Alors, oui, ce film est plein de bons sentiments, de moments épiques, et de valeurs humanistes. La recette est éculée. Mais, c'est pour cela que le film fonctionne. Archi simple, il plaît car il ne propose qu'un divertissement pur et simple. Le Vol du Phoenix mérite de figurer dans le Livre des records, catégorie « cliché ». Car, il accumule le plus grand nombre de situations attendues jamais vu en deux heures. Le spectateur n'est à aucun moment perdu et son attention se tourne entièrement vers le moment où il faudra décoller avec ce vieux coucou. Et qu'importe les invraisemblances : comment peut-on essuyer deux orages dans un désert, région réputée par son aridité ? Comment de simples ouvriers peuvent reconstruire un avion avec des pièces usagées ? Comment peut-on rester torse nu en plein soleil sans prendre de coups de soleil ? Qu'importe donc puisque l'on se pose une unique question : vont-ils réussir ?

Les péripéties sont nombreuses et variées et font oublier les images vues et revues : les passagers aspirés à cause d'une dépressurisation de la cabine, par exemple. Justement la scène du crash n'a rien à voir avec celle de Lost, pour les fans de série, ou Seul au monde de Robert Zemeckis. Elle lance le film sur les bases d'un navet, incohérent et invraisemblable aux effets spéciaux ridicules. Puis tous les personnages sont éliminés comme dans une vulgaire émission de télé-réalité. On retrouve d'ailleurs la loi des quotas qui régit la sélection des candidats de tels programmes. On retrouve dans le zinc deux noirs, un latino, un musulman (plutôt rare dans les productions hollywoodiennes surtout quand ils sont gentils), une femme, un intellectuel. Enfin, Le Vol du Phoenix peut démarrer. D'abord comme une vague peinture des relations dans le monde du travail et sur le mode de L'île aux esclaves de Marivaux - le chef ne sera plus le chef et tous seront égaux devant la difficulté de l'épreuve. Mais, ce n'est pas de ce côté que Le Vol du Phoenix pourra, éventuellement, séduire. Ni du côté de la réalisation d'ailleurs.

Naviguant entre extrême classicisme, au mieux, et pénibles effets de clip, au pire, c'est bel et bien sur le plan du divertissement que le film tire sa raison d'exister. Alors Le Vol du Phoenix est un bon film ? Non, car il ne faut pas se laisser abuser. Le spectateur est plutôt rassuré d'être plongé dans un cocon où tout se comprend, où rien ne surprend. Un film qui se déroule sans incident majeur pendant deux heures. Rien à voir avec les productions de Lynch ou Kubrick. Pour autant, ce serait vous faire honte que de vous prouver que le réalisateur de ce film est meilleur que certains génies du septième Art. La place du Vol du Phoenix est dans le poste de télé un après-midi de semaine sur la sixième chaîne. Pas plus. Cela fait longtemps qu'Hollywood a compris comment plaire. Utiliser des ingrédients déjà vus, ne pas prendre de risques et servir l'histoire la plus consensuelle possible. Histoire de ramener le plus de monde possible devant les stands à pop-corn. Alors, j'ai été emporté par l'histoire comme tout le monde l'aurait été. Mais, il convient ensuite d'être lucide et de savoir que ces films ne justifient pas un passage sur grand écran. Tout juste une blague. Un noir, un musulman et une femme sont dans un avion. L'avion se crashe. Que reste-t-il ? Vous le saurez au terme du Vol du Phoenix.

Auteur :Matthieu Deprieck
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