27 octobre 2020
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Le Voyage de Chihiro : La critique

Comment convaincre le lecteur que "Le Voyage de Chihiro" est une pure merveille digne de figurer dans le panthéon des films d'animation, voire des films tout court ? Car, dans l'esprit de la plupart des spectateurs, un dessin animé reste un aimable divertissement essentiellement destiné aux enfants et que le public adulte apprécie, au mieux, parce qu'il retrouve son âme d'enfant ou, a pire, parce qu'il s'amuse de l'enthousiasme des plus petits. "Le Voyage de Chihiro", qui transcende le genre, déploie une splendeur visuelle qui n'a d'égal que sa richesse scénaristique, le tout traversé par des thèmes essentiels propres à nous toucher au coeur. Hayao Miyazaki n'est certes pas un inconnu.

Découvert à travers de belles oeuvres poétiques et drôles comme Porco Rosso ou Mon voisin Totoro, il s'est révélé en France au grand public avec "Princesse Mononoke", magnifique et palpitante aventure animée où la nature bruissait de mille enchantements et sortilèges. Son septième long métrage, d'ores et déjà son chef-d'oeuvre, conjugue le merveilleux et l'inquiétant d'un imaginaire foisonnant et s'aventure avec bonheur sur le terrain de la fable universelle où chacun pourra se reconnaître dans ce passage décisif de l'enfance à l'adolescence, où la perte d'une certaine innocence s'accompagne d'une découverte du monde, de ses richesses mais aussi de ses dangers.

"Le Voyage de Chihiro" suit les pas d'une petite fille de dix ans dont les parents sont frappés d'un terrible maléfice et qui devra, pour ne pas y succomber à son tour, faire preuve de patience, d'intelligence et de persévérance pour, finalement, sauver sa famille. Au début du film, comme Alice traversait le miroir pour découvrir le pays des merveilles... et son envers, Chihiro franchit un tunnel et se retrouve projetée dans un monde étrange où le surnaturel n'est jamais très éloigné du réel.

Peuplée de dieux en villégiature, d'une sorcière régnant en despote sur un palais luxuriant, havre de paix pour divinités fatiguées, habité de créatures fantasques, cette terre se révèle inhospitalière pour les humains asservis au bien-être des dieux et sous les ordres d'animaux extravagants. Passées ses premières frayeurs enfantines où la plus petite ombre ou le moindre bruit la terrorise, Chihiro se familiarise avec ce singulier univers et prend son destin en main. Avec l'aide précieuse et les conseils avisés du jeune Haku, premier serviteur de la sorcière Yubaba, elle traversera les épreuves avec un courage et une force inconnus d'elle jusqu'alors et, à travers ce périple initiatique, fera l'apprentissage de la vie.

Mais que l'on se rassure, le film n'est absolument pas un catalogue de vertus exemplaires à l'usage des enfants, car si ces valeurs intemporelles sont en filigrane d'une opulente trame narrative fertile en rebondissements, jamais Hayao Miyazaki ne s'avise de donner des leçons. Tout juste consent-il, par certaines séquences, à nous parler du monde d'aujourd'hui et de ses dérives à travers quelques métaphores. Comme l'épisode de ce dieu aquatique, putride et nauséabond, venu se débarrasser des ordures ramassées au fond des océans transformés en poubelle par l'inconséquence des hommes.

Conte écologique et légende intemporelle à l'adresse de ses contemporains, "Le Voyage de Chihiro" est avant tout l'odyssée intérieure d'une petite fille qui surmonte ses peurs pour grandir et, confrontée à un monde entre songes et cauchemars, qui apprend à le décrypter afin, peut-être, de pouvoir le transformer un jour. 

Auteur :Patrick Beaumont
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