23 juillet 2019
Archives Critiques

Les Adieux à la reine : La critique du film

Un triangle infernal au beau milieu d'une Cour en train de vivre inconsciemment un passage historique. Une histoire dans une autre.

Le principe est souvent récurrent dans les films historiques, et ces derniers brillent lorsque le procédé est tenu par une main de maître. Benoît Jacquot, grand habitué du cinéma en costumes ("Tosca", "Sade" ou tout récemment l'obscur "Au Fond des Bois"), s'érige en modèle dans le genre, tant il dirige son film avec brio, sobriété et réalisme.

"Les Adieux à la Reine", c'est avant tout un film très bien écrit, aussi bien sur le papier où aucun dialogue n'apparaît comme inutile, que sur l'écran. Si le film met un peu de temps à démarrer, c'est pour mieux nous accrocher ensuite.

La caméra de Benoît Jacquot sublime un étonnant huis clos dans l'espace royal que représente le Château de Versailles. Il se fait, en même temps que ses personnages, le témoin d'un changement historique profond, encore inconscient. L'Ancien Régime en train de signer son arrêt de mort alors que la Bastille vient de tomber, déclenchant la Révolution Française et la chute assurée de la royauté. 

La thématique a longtemps fasciné le cinéma, pas seulement français (on se souvient de la vision de Sofia Coppola pour son "Marie Antoinette"). Il faut dire que le moment est propice à une certaine évasion. Il y a bien une réalité historique, écrite et réécrite par les historiens.

Et pourtant, cette même période n'empêche pas de développer une certaine idée du fantasme, l'interprétation, l'imagerie, la représentation. En somme, tellement d'histoires à raconter dans un contexte si particulier et si riche.

Avec "Les Adieux à la Reine", le spectateur assiste à l'histoire passionnante d'un triangle où rivalités, jalousie, amour ne font qu'un. Après une sorte de face-à-face déroutant dans "Au fond des bois", Benoît Jacquot revient à quelque chose de sensiblement plus ample et en même temps profondément intimiste. Il sublime une magnifique reine en la personne de Diane Kruger, qui incarne ici une personnalité historique complexe (soumise elle aussi à l'imagination de certains auteurs-réalisateurs), respectée et aimée, mais également tiraillée.

Marie Antoinette tenait une relation fusionnelle avec la duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen), une femme qui avait les faveurs de la Reine et attisait toutes les convoitises et jalousies. La Reine entretenait également une relation toute particulière avec sa fragile liseuse, Sidonie Laborde, campée par une excellente et ravissante Léa Seydoux.Le secret de Benoît Jacquot alors, c'est de filmer tout cela avec autant de naturel et de liberté que possible. On répète peu ou pas sur le plateau, tout est direct, sans concession. 

D'ailleurs, il nous le prouve à maintes reprises. Au milieu de la Galerie des Glaces, lorsque Gabrielle de Polignac s'avance dans une foule de courtisans qui s'écarte pour la laisser passer, telle une reine, le regard fixée vers Marie Antoinette qui vient la prendre dans ses bras, face aux regards de la Cour. Le duo Kruger-Ledoyen est comme dans une bulle, dont la caméra est le témoin.

Une autre scène, filmée cette fois-ci dans un couloir étroit, lorsque la panique commence à envahir Versailles : cette tension, le réalisateur la filme avec passion et réalisme, la caméra se fait invisible et permet au spectateur une immersion presque dérangeante.

Benoît Jacquot réalise donc un film moderne d'une façon moderne. Il raconte la rupture, les relations de confiance, les jalousies sociale et affective, la place des femmes dans une société en mutation. Pas d'esbroufe ou de surenchère, ni dans sa mise en scène, ni dans l'interprétation des trois sublimes actrices.

On est conquis, et comme la Bastille, on est finalement pris.
Auteur :Christopher Ramoné
Tous nos contenus sur "Les Adieux à la reine" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"

ça peut vous interesser

The Operative : La critique du film

Rédaction

The Operative avec Diane Kruger

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 23 mars 2019

Rédaction