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Les Ames Grises : La critique du film

Comment définir le gris ? C'est une couleur qui n'est ni le noir, ni le blanc. Une couleur qui ne se définit qu'en creux. C'est ce dont souffre "Les Ames Grises" d'Yves Angelo. On ne sait pas trop ce qu'il est : un film ou un livre sur grand écran ?

Au départ, c'est un livre qui raconte l'histoire de plusieurs habitants d'un village proche du front de la guerre de 14-18. Ces personnages sont confrontés aux dérives de la nature humaine illustrées par le meurtre d'une petite fille. Un livre écrit par Philippe Claudel et jugé par la critique comme le meilleur ouvrage de 2003. Que d'éloges !

Alors un film tiré de ce roman avec des acteurs aussi brillants que Jacques Villeret, Jean-Pierre Marielle ou Denis Podalydès, on était en droit d'attendre un beau long-métrage. Sauf que les bons livres n'enfantent pas toujours de beaux films. Parce que la littérature, ce n'est pas le cinéma et "Les Ames Grises" l'illustre trop bien malheureusement.

La collaboration très étroite entre le réalisateur Yves Angelo et l'auteur Philippe Claudel crée un film vide et ambigu, un livre lu sur grand écran. De l'aveu même du réalisateur, le silence est d'or. Mais ce silence, cette lenteur ne prend pas, elle n'hypnotise pas le spectateur qui reste sur le bord de ce film froid, distancier et beaucoup trop lent.

Au final, il n'y a malheureusement pas grand chose à retirer de ce film. Et c'est ce qui est rageant. Car "Les Ames Grises" n'est pas une catastrophe. Il traite avec (trop de) respect le roman, fait la part belle à des dialogues (trop) ciselés. Tout est finalement trop flou.

"Les Ames Grises" hésite entre plusieurs points de vue (à tel point que certains événements relatifs notamment à la vie de Denis Podalydès semblent inutiles) et navigue entre les genres.

Tour à tour enquête policière pour répondre à la question « qui a tué cette petite fille ? », film romantique proche du long dimanche de fiançailles de Jeunet, récit de guerre où l'injustice des élites face aux soldats révolte le spectateur comme elle nous révoltait chez Kubrick dans "Les Sentiers de la gloire".

Reste à se raccrocher aux quelques éléments qui donne de la cohésion à l'ensemble : l'image verdâtre, la lente descente aux enfers de la condition humaine et l'omniprésence de la guerre.

Sur ce point, Yves Angleo parvient intelligemment à éviter le simple film de guerre avec reconstitution grandiose des batailles. Ici, le conflit de 14-18 imprègne le film et la simple présence d'interminables files de soldats envoyés au casse-pipe suffit à rappeler la tragédie qui se joue de l'autre côté du coteau.

"Les Ames Grises" pointe alors brillamment un problème rarement évoqué : les tensions entre combattants et « planqués ».

C'est justement parce que la dimension historique semble très bien abordée que le spectateur sera déçu de s'embourber dans des silences inutiles, dans des plans contemplatifs mous et dans des dialogues romantico-tragiques presque ridicules. « Je hais la mort parce qu'elle ne choisit pas ses victimes. » « Le temps est un monstre qui nous sépare toujours un peu plus. »

Enfin, le film aura permis au moins à Jacques Villeret de nous laisser une bonne image de lui après les désastres "Iznogoud" et "L'Antidote" et en attendant "Les Parrains" avec Gérard Lanvin, son tout dernier film.

On aurait toutefois aimé que ces "Ames Grises" soient un peu plus noirs ou un peu plus blanches, un peu moins tièdes donc.

Auteur :Matthieu Deprieck
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