16 octobre 2021
Critiques

Les amours d’Anaïs : La force du désir

Par Flavie Kazmierczak

Sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, le premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet, "Les amours d’Anaïs", explore les désirs d’une trentenaire indécise et désinvolte.

Les cheveux aux vents, Anaïs court. Elle vit à cent à l’heure. La trentaine passée, elle souhaite devenir quelqu’un d’intéressant sans trop savoir comment. Il y a bien son amour des lettres, de Lol. V. Stein et cette thèse qu’elle n’a jamais terminée. Raoul, son petit ami qu’elle n’est plus certaine d’aimer. Daniel, cet éditeur parisien réputé avec qui elle a eu une aventure et sa femme, Emilie, à qui elle plaît aussi. Anaïs virevolte au gré de ses envies, quitte à tout abandonner si elle est passionnée. 

Dans la continuité de "Pauline asservie", court-métrage dans lequel une jeune femme attend désespérément un signe de vie de son amant, la réalisatrice travaille une nouvelle fois sur les liaisons amoureuses. De Pauline, on retrouve ses exagérations, sa vivacité, son amour des mots. Mais Anaïs n’est pas aliénée. Au contraire, la jeune femme tempétueuse vit de manière désinvolte, laisse libre cours à ses pulsions. Ses amours passent et reviennent, sans conséquence. 

Un film en mouvement

Comme tout droit sortie d’un film de Rappeneau, Anaïs fonce. Dans ce long-métrage très rythmé, la caméra suit à coup de plans-séquences le chaos intérieur de la jeune femme et ses milles questionnements sur la vie. C’est elle qui donne le pas. Et sa course la mène dans l’univers littéraire parisien où elle fait la rencontre de Daniel et Émilie, ce couple merveilleusement interprété par Denis Podalydès et Valeria Bruni-Tedeschi.

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Christophe Montenez et Anaïs Demoustier - Copyright Haut et Court

Si les images, en partie tournées sur la côte bretonne, sont très esthétiques, ce sont les dialogues qui donnent vie au film et guident la mise en scène. Un choix de la réalisatrice qui a chorégraphié la plupart des scènes à partir des répliques. Les déplacements et le jeu découlent de la parole. C’est là qu’on se doit de saluer la performance d’Anaïs Demoustier, lumineuse et pleine de vie dans le rôle de la protagoniste.

Une ode à la sensualité

"Les amours d'Anaïs" mélange les registres. A la fois drôle et romantique, s’ajoute une touche douloureuse avec la maladie de la mère et un avortement précipité. Mais l’élément central du film reste le désir, celui qui anime Anaïs, qui la pousse à saisir toutes les occasions pour être heureuse. A un âge complexe, où les possibilités apparaissent nombreuses, Anaïs se cherche tant professionnellement que personnellement. Peut-être pour échapper à la réalité- elle n’a plus de sous, est en panne d’inspiration pour finir sa thèse, n’a bientôt plus d’appartement et s’éloigne de plus en plus de son petit ami- la jeune femme suit son intuition et succombe à la curiosité.>

La rencontre entre Anaïs et Émilie apparait comme un vent de fraîcheur, autant pour le film que pour le personnage. Un jeu sensuel s’instaure sans jamais tomber dans la vulgarité. Le film ne questionne d’ailleurs jamais la sexualité. En explorant cette force mystérieuse qu’est le désir, Charline Bourgeois-Tacquet se joue des codes.

Porté par une belle énergie, "Les amours d'Anaïs" dresse le portrait aérien d‘une trentenaire libre. Si le long-métrage n’est pas constant sur toute la longueur, offrant du bon et du moins réussi, il n’en reste pas moins une belle histoire d’amour moderne.

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