Critiques

Les Animaux Fantastiques : Honorable

Le si lucratif univers imaginé par J.K. Rowling ne pouvait pas rester très longtemps endormi et, le 12 septembre 2013, elle annonce le lancement d'une adaptation cinématographique de "Les Animaux Fantastiques", petit produit dérivé prenant la forme d'un manuel scolaire et dont les recettes sont intégralement reversées à Comic Relief, une association humanitaire ayant pour mission de financer différentes associations luttant contre la pauvreté et l'injustice sociale comme Oxfam par exemple. Le long-métrage sera scénarisé par l'auteure elle-même, aura pour protagoniste le rédacteur fictif du manuel Norbert Dragonneau (Newt Scamander pour les anglo-saxons) et troquera Poudlard pour le New York du début du XXème siècle. De quoi sérieusement étoffer l'univers magique. Dans une optique de pérennisation, Warner Bros prend la décision le 31 mars 2014 d'en faire une trilogie dont chaque opus sortira tous les deux ans à compter de novembre 2016. En octobre 2016, on apprend que "Les Animaux Fantastiques" deviendra une pentalogie et David Yates, réalisateur attitré de l'univers depuis "Harry Potter & L'Ordre Du Phoenix", rempilera pour "Les Animaux Fantastiques 2", également scénarisé par J.K. Rowling. L'exploitation des filons "Star Wars" et Marvel Studios par Disney sur plusieurs années avec des annonces de projets tous les quatre matins continue donc de faire des émules alors qu'elle peine à donner des productions réellement mémorables.

Le résultat final, sans être extraordinaire, est tout à fait honorable et étoffe l'univers de belle manière. En changeant d'époque et de toile de fond, le long-métrage déploie des thématiques qui étaient déjà présentes dans la saga Harry Potter mais qui sont ici un peu plus poussées puisqu'une plus grande place est accordée aux Moldus et qu'on nous expose les enjeux et les racines du schisme entre leur monde et celui des Sorciers. Quand on sait quels événements ont marqué le XXème siècle aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe, on se dit que les suites peuvent approfondir ces sujets de manière intéressante. Le scénario est trop riche pour être vraiment fluide. C'est paradoxal puisque c'est reprocher au film d'aborder des thématiques graves et ce de manière correcte mais, sachant que c'est un premier opus, il aurait dû être plus simple en se concentrant sur les pérégrinations de Newt Scamander avec ses créatures. Ça ne l'aurait pas empêché d'aborder ce qui gravite autour mais, en y accordant plus d'importance que nécessaire, on en amoindrit l'impact alors qu'il y aura encore quatre opus qui auraient permis de mieux développer cela.

Du côté visuel, pour un réalisateur souvent présenté comme un servile exécutant à la botte des studios, la caméra de David Yates bouge bien et elle met suffisamment en valeur son univers pour rendre jaloux la plupart des faiseurs. C'est surtout lors des scènes plus légères et colorées, notamment la petite visite du zoo portable de notre héros, que le réalisateur est le plus inspiré. Lorsque "Les Animaux Fantastiques" aborde ses versants les plus dramatiques, la mise en scène perd sérieusement de son intérêt et elle est davantage affaiblie par une photographie particulièrement terne. Pire, elle rend les scènes de transplanage, d'affrontements à coups de baguettes magiques et d'Obscurials très désagréables tant il est difficile de s'y retrouver sous un déluge d'effets spéciaux peu inspirés. Le jeu d'Ezra Miller, qui force trop sur le pathétisme de son personnage, et le méchant assez oubliable - aspect renforcé par la révélation finale - incarné par Colin Farrell desservent encore davantage la portée dramatique du film.

Jusqu'ici, le bilan est mitigé mais c'est sans compter les gentils. Eddie Redmayne nous attache très facilement à son personnage grâce à sa gaucherie et la capacité d'émerveillement dont il dispose mais c'est surtout ce qui l'anime qui en font un protagoniste de valeur : assoiffé de connaissances et de découvertes, il veut transmettre le savoir pour éduquer les gens et protéger les créatures. Ce n'est en rien un personnage principal lisse et fade, c'est un explorateur dans toute sa noblesse et sa positivité. D'une façon similaire, Jacob Kowalski n'est pas un acolyte rigolo unidimensionnel. Il a des motivations qui valent le coup de s'y intéresser, qui sont bien traitées et, en plus d'être actif dans l'univers des sorciers plutôt que de le subir, il se paye le luxe de coller un marron à l'un des antagonistes. Même Queenie, la sœur de l'ancienne Auror Tina, montre sa valeur en tant que personnage alors qu'elle a le droit à une romance aussi niaise que son interprétation dans ses toutes premières scènes.

"Les Animaux Fantastiques", malgré son scénario confus qui cherche trop à ménager la chèvre et le chou, est d'un bon niveau lorsqu'il se concentre sur ceux qui lui donnent son titre et ceux qui leur veulent du bien. Compte tenu de la démarche qui a donné naissance à cette nouvelle franchise, on pouvait difficilement éviter un film qui cherche à tout prix à être une préquelle à "Harry Potter" et il aurait pu avoir beaucoup plus de mal à exister en tant qu'oeuvre autonome.

Auteur :Rayane MezioudTous nos contenus sur "Les Animaux Fantastiques" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

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