25 octobre 2020
Critiques

Les Apparences : Décevant

Par Clara Lainé


Un thriller adapté d'un livre, avec Karin Viard en tête d'affiche ? Cela vous semble familier ? Rien de plus normal, dans la mesure où l'actrice française a interprété le rôle de Louise, une nourrice dangereusement déséquilibrée, dans "Chanson Douce", de Lucie Borteleau, sorti l'année dernière. Et pourtant, ce n'est pas de ce film dont il est question ici : cette fois, c'est à Vienne que se déroule ce thriller, librement adapté de l'ouvrage « Trahie » que l'on doit à Karin Alvtegen.

"Les Apparences" (distribué par SND), c'est une histoire qui ne se veut pas explicitement moralisatrice. Pour autant, Marc Fitoussi n'hésite pas à y dénoncer les travers de l'ascension sociale, à questionner la différence entre l'amour et l'égo ou encore à se moquer du nombrilisme des riches français expatriés à l'étranger qui s'enferment volontairement dans un milieu où les apparences sont reines.

"Les Apparences", justement. Le film porte bien son nom : Karin Viard et Benjamin Biolay incarnent à merveille ce duo, complètement sous l'emprise du regard des autres. Chez eux, tout n'est que façade : que ce soit dans l'intimité de leur chambre ou lors d'une grande réception, il est très rare de les voir échanger une parole sincère. En effet, la communication leur fait cruellement défaut. Ils ne cessent de se mentir, de tourner autour du pot, de faire des sous-entendus troubles. Bref, l'honnêteté semble être un concept abstrait pour l'un comme pour l'autre. On en vient d'ailleurs à se demander si eux-mêmes savent ce qu'ils pensent et de quoi ils ont envie : entre lâcheté, jalousie, fierté, égocentrisme et amour, difficile de démêler les motivations qui les poussent à agir de la sorte.

Les Apparences
Benjamin Biolay
Malheureusement, si le scénario échappe à des personnages trop lisses, il n'en reste pas moins pourvu de nombreuses failles : le suspense peine à s'installer, la tension ne cesse de décroître et la bande-originale, grandiloquente, loin de créer l'ambiance tant attendue dans un thriller, ne fait que souligner le manque cruel d'intensité de l'histoire. "Les Apparences est un film qui se contente d'effleurer son sujet. Par opposition à "Chanson Douce", cité précédemment, le scénario laisse le spectateur sur sa faim. On attendait un thriller et on ne voit qu'une romance vaguement intéressante aux procédés narratifs grotesques.

Toutefois, c'est la performance de Karin Viard qui autorise à nuancer l'avis final : sans elle, nul doute que le film, très prometteur sur le papier, aurait eu une saveur encore plus insipide. L'humanité et l'humour qui transpirent de son jeu rendent le personnage d'Eve véritablement attachant. C'est d'autant plus remarquable que cette femme n'est, dans l'écriture, absolument pas censée émouvoir le spectateur. Ce tour de force, dû au talent de l'actrice, limite les dégâts. Grâce à lui, il est possible d'entrevoir la complexité de la relation entre les protagonistes, seul élément qui vaille vraiment la peine dans ce film pour le moins décevant.


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