7 décembre 2021
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Les Beaux Jours : Critique

C'est avec un plaisir non dissimulé qu'on s'imaginait le retour de cette grande dame qu'est Fanny Ardant en tant que premier rôle. Captée par la réalisatrice Marion Vernoux, adepte des films chorals ("Reines d'un Jour", "A Boire"), des histoires d'amours ("Love etc", "Rien à Faire") et des films chorals guidés par l'amour ("Personne ne m'aime"), elle rayonne sur l'affiche du film. Chemise à carreaux et jean façon lycéenne hype, une crinière blonde rayonnante malmenée par le vent et un sourire, on admire une amoureuse moderne. La modernité, c'est ce que "Les Beaux Jours" se fatigue à atteindre. Sans grand succès…
 
On commence à le savoir, les plus ou moins « vieux » sont à la mode en ce moment dans les salles. Peut-être parce que la majorité des spectateurs français a le même âge que les protagonistes et ceux qui les incarnent. Les grands acteurs d'hier doivent accepter leur âge et en jouer. L'identification est donc facilitée. Malheureusement, le nombre de « géronto-films » croissant n'engage pas la qualité de ces derniers. D'autant plus lorsque ceux-ci cherchent à s'adresser à un public large. Et c'est là le principal défaut qui pénalise "Les Beaux Jours", le dernier film de Marion Vernoux.

Si, dans un premier temps,  l'idée d'une appropriation de la « culture jeune » par les plus âgés semble intéressante, bien que peu innovante, celle-ci se nourrit de clichés absurdes et communs. Le jeune, ici âgé d'une quarantaine d'années tout de même, rédige ses sms à la manière d'un pré-adolescent des années 2000. C kan mm pa tré f1 ! Tout le monde sait également que les jeunes se droguent et que la drogue, ça fait bien rigoler, en plus de te décoiffer. Ce défaut n'en serait pas vraiment un si le scénario arrivait à se détacher d'une histoire d'amour bien moins dérangeante qu'il ne veut le faire croire. Le discours tenu, l'amour quelque soit l'âge, d'une sincérité folle,  éteint dès le départ les interrogations que l'on aurait pu avoir sur la remise en question du personnage de Caroline. On sait qu'elle aime Julien réellement, il n'est pas question de cougar ici, la gêne n'a jamais existé chez le spectateur. Un bon point pour un mauvais.

On peut tout de même compter sur la réalisatrice pour filmer avec passion ses acteurs dans "Les Beaux Jours" et l'environnement dans lequel ils vivent leurs amours et désamours. Les plages balayées par le vent de la côte d'Opale semblent infinies et l'on aimerait regarder Fanny Ardant y marcher sans fin. Mais, si elle semble adopter un nouveau personnage, l'actrice, se voulant toute en nuances et interrogations intérieures, reste la plupart du temps impassible. Les yeux dans le vague et un léger sourire aux lèvres, elle exprime peu. Elle se fait un peu notre Ryan Gosling français au féminin.

A ses côtés, Laurent Lafitte donne du cachet à son personnage, qui a pourtant tout du « beauf de province », arborant les bacchantes les plus immondes vues dernièrement. Volage mais tout de même amoureux sincère, il fait face au deuxième mâle du trio amoureux, incarné par Patrick Chesnais. Ce dernier, en mari blessé mais jamais odieux, incarne sans aucun doute le personnage le plus intéressant. C'est d'autant plus dommage qu'on le voit peu à l'écran. C'est toutefois à lui que l'on doit la plus forte des scènes du film, lors d'un départ à peine empêché où il demande à sa bien-aimée une preuve d'amour. Tout cela au son d'un piano maintes fois entendues au cinéma, appuyant la liberté de Caroline/Fanny Ardant et son désir d'avancer. C'est beau, mais déjà vu...

Auteur :Christopher Ramoné Tous nos contenus sur "Les Beaux Jours" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"

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