14 décembre 2019
Critiques

Les Bonnes Intentions : Gauche pour tous

Même si l’expression a du mal à survivre aux années 2010, la gauche caviar tient à nous rappeler de temps à autre qu’elle est toujours dans le coup. Dernier exemple en date, "Les Bonnes Intentions" de Gilles Legrand invite l’une de ses égéries à se mettre à la page de l’autodérision 2.0. En l’occurrence Agnès Jaoui, place son profil de pasionaria de canapé sur la sellette du grand-écran. L’actrice incarne Isabelle, travailleuse sociale surinvestie, qui ne peut s’empêcher d’imposer son engagement à son entourage…

On sait très bien à quoi peut aboutir ce genre de fausse transgression consistant à reconduire la vitrine publicitaire d’un acteur sous couvert d’exposer sa persona à un ridicule contrôlé. Heureusement, "Les Bonnes Intentions" vaut infiniment mieux qu’un vulgaire véhicule promotionnel déguisé en tir sur l’ambulance. L’argument ne vaut d’ailleurs que pour la première bobine, le temps pour le réalisateur d’installer le personnage à travers le dédain et/ou rejet résultant de ses tentatives d’imposer ses vérités aux personnes qui l’entourent.

En effet, le procédé révèle tout son bien-fondé à travers le lien qu’il établit entre le spectateur et l’héroïne. De fait, si dans un premier temps Isabelle occupe effectivement le viseur du réalisateur, ce dernier renvoie progressivement tous les protagonistes à leurs certitudes et leurs hypocrisies. De sorte que Les bonnes Intentions se mue très vite en portrait empathique d’une femme en crise, qui ne sait manifester son appel à l’aide autrement qu’en harcelant les autres.

Toute la réussite du film réside ainsi dans sa capacité à mettre constamment le spectateur du côté d’une héroïne volontiers insupportable à l’aune du malaise sous-jacent que nous sommes les seuls à détecter. Un équilibre qui doit beaucoup au scénario, mais aussi à la prestation d’Agnès Jaoui, qui distille sans jamais appuyer ses effets la complexité de son personnage. Dichotomie qui s’exprime de façon particulièrement équivoque dans la façon dont le comique verbal inhérent à son actrice interagit avec le comique de situations qui régit sa galerie réjouissante de personnages secondaires. Comme si Jaoui elle-même empruntait le chemin d’une femme qui reconstruit sa relation à l’autre à mesure qu’elle abandonne ses postures psychorigides pour embrasser l’anarchie burlesque du monde.

Ce n’est pas la moindre des qualités d’un film aussi humaniste que rigoureusement réfléchi sur lui-même. Il n’y a pas que l’enfer qui est pavé de bonnes intentions.

Auteur : Guillaume Meral

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