12 novembre 2019
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Les chansons d’amour : La critique du film

Quand un cinéaste français revisite un genre tombé dans l'oubli cela est toujours une entreprise honorable, à plus forte raison quand le genre en question – la comédie musicale - n'a jamais été réellement pratiqué en France hormis le notoire Jacques Demy. Marier ce genre avec le cinéma français actuel et la « nouvelle scène française » peut également être digne d'intérêt mais dans les deux cas l'entreprise a ses limites. Dans le cas de Chansons d'Amour ces limites sont très vites atteintes. Voyez plutôt.

Dès le premier épisode chanté, c'est sans espoir. Louis Garrel tourne autour de Ludivine Sagnier en lui murmurant (c'est comme ça qu'ils chantent dans le film) un truc qui devrait dire en substance qu'il l'aime bien, et elle, elle lui murmure qu'elle l'aime bien aussi même si c'est pas facile tous les jours. C'est en fait ce qu'on devine dans le flou des murmures et des paroles passablement fumeuses.

Pour ce qui est des scènes non chantées c'est du même niveau. Louis Garrel est au lit avec Ludivine Sagnier et une autre fille et au lieu de faire ce qu'on pense qu'ils auraient fait, tous trois lisent des bouquins d'intellos - citations littéraires de l'auteur, il doit y avoir un message caché quelque part, faudra se renseigner auprès des Cahiers Du Cinéma. Finalement ils se mettent à le faire quand même, ou plutôt deux d'entre eux le font tandis que le troisième larron continue de se culturer les méninges. Ils ne chantent plus, ils parlent mais ça ne change pas grand-chose. Ca c'était le passage culturel.

La scène d'après c'est le passage « diner en famille » où Ludivine Sagnier annonce à sa mère et à sa soeur qu'elle et Garrel se sont embarqués dans « une histoire à trois » avec une autre fille. C'est comme ça qu'elle appelle les lectures nocturnes en groupe. Du coup la mère veut en savoir plus, comment ça se passe au quotidien ? Qui tient le marque-page ? La mère aussi est assoiffée de culture. Ca c'est le passage rapports mère-fille vachement décomplexés. Après c'est du même acabit sauf que le spectateur dort ou qu'il est parti à toutes jambes écouter un album de Lynyrd Skynyrd pour s'en remettre.

On aura bien compris que question comédie musicale on est plus proche d'un Demy biberonné au Benjamin Delerm (pauvre gosse !) que des grands 'musicals' de la Metro Goldwyn Mayer et que question cinéma d'auteur François on est plus près de Ozon que de Truffaut. Et malgré toute la sympathie que l'on peut nourrir pour Ludivine Sagnier, Louis Garrel et Chiara Mastroianni, on peut se demander si les comédiens sont les choix les mieux indiqués lorsqu'il s'agit de pousser la ritournelle. Remarquez il y a bien des mannequins qui chantent...

Reste cette énigme finale : quel public pourra se fédérer autour d'un tel bidule ? Il y a fort à craindre que les abonnés des Inrocks au grand complet ne suffiront pas à remplir les strapontins...
Auteur :Pierre Lucas
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