15 décembre 2019
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Les Châtiments : Sombre navet !

Les fans purs et durs du cinéma d'horreur nihiliste et sans concession ont été plutôt bien servis ces derniers mois avec une poignée de remakes sanglants (La colline a des yeux, Massacre à la tronçonneuse : le commencement) et d'œuvres originales percutantes (The devil's rejects et dans une moindre mesure le surestimé Hostel). Mais ces quelques réussites ne doivent pas masquer les tentatives de certains studios respectables à l'image de Warner d'aller chasser sur les terres de l'épouvante dans l'espoir de rameuter un public plus large sur des sujets prétendument flippants. Les châtiments synthétise à merveille cette démarche marketing de gagner beaucoup d'argent avec des longs métrages qui en coûtent peu. Malheureusement le résultat, bancal et mou au possible, ne constitue qu'un ramassis de salmigondis mystico religieux sans intérêt mixé avec tous les clichés éventés du cinéma d'horreur. Très, très décevant.
 
A l'image du récent Exorcisme d'Emily Rose, Les châtiments est le prototype du film de studio fainéant et peu inspiré. Soucieux de ménager un public adolescent à la faculté de concentration limitée, scénaristes et producteurs font le choix de la facilité en truffant le script de stéréotypes navrants. Jugez plutôt : affligée d'un vilain trauma expédié en quelques flashs backs, l'héroïne (interprétée par la craquante Hilary Swank) perd la foi en Afrique avant de se recycler en universitaire fringante pourfendeuse de miracles suspects. Devenue cartésienne au possible, la jeune femme est désormais persuadée que la science peut expliquer tous les phénomènes prétendument paranormaux. Jusqu'à ce qu'elle découvre la petite ville de Haven, sa rivières de sang, sa pluie de crapauds et ses attaques de sauterelles…
 
Voilà donc un film concept qui illustre la sempiternelle confrontation entre science et religion, raisonnement méthodique et foi illuminée. Pendant un long moment, Stephen Hopkins parvient à créer une tension propre à maintenir le doute. Portrait d'une Amérique profonde vaguement arriérée ? Illustration de dérives religieuses ? Pure plongée dans le paranormal ? Le réalisateur de Predator 2 ou de Moi, Peter Sellers a du métier et Les châtiments fait miroiter de beaux espoirs du moins dans ses premières bobines. Puis, brusquement, le film choisit son camp et verse dans une surenchère spectaculaire qui, non contente de multiplier les effets éculés (montage cut, flashs stroboscopiques, mixage sonore agressif), affiche une morale chrétienne douteuse où Dieu brûle au lance flamme les méchants qui l'ont bien cherchés.
 
Dès lors, Les châtiments perd toute l'ambiguïté qui faisait l'intérêt de sa première partie pour se livrer à un véritable massacre cinématographique. Le dernier acte est, à ce titre, particulièrement apocalyptique. A mi chemin entre le combat final de Ghost rider et une version animée de Charlie par Stephen King, le déferlement de (mauvaises) images de synthèse ne suffit pas à sauver du ridicule une représentation bien pauvre de l'éternel combat entre le bien et le mal. Et si les spectateurs masculins se consoleront en se focalisant sur la chute de reins d'Hilary Swank (cadrée un scope sur écran géant : la classe), les autres peuvent légitimement se sentir flouer par un film qui ne tient quasiment aucune de ses promesses.
 
Ni film d'horreur (pas une once de gore), ni film d'épouvante (on frissonne à peine le temps d'une porte qui claque), Les châtiments propose en tout et pour tout une réflexion faiblarde sur nos peurs primaires avant de sombrer dans un grand guignolesque absurde. A ce stade, ça pourrait presque être drôle. Malheureusement, tout porte à croire que les instigateurs de ce sombre navet prennent la chose très au sérieux. Et oui, aux USA, on ne plaisante pas avec les bondieuseries républicaines.  
Auteur :Frédérick Lanoy
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