23 septembre 2019
Critiques

Les Crevettes pailletées : La critique du film

Critique du film "Les Crevettes pailletées"

par Guillaume Méral

On connait trop la propension du cinéma français à photocopier les codes des films américains afin de forcer une parentalité honteuse pour ne pas saluer ceux qui osent le pas de côté pour raconter quelque chose de personnel.

"Les Crevettes Pailletées" fait partie de cette minorité encore trop silencieuse mais dont la voix commence à résonner dans l’Hexagone. A rebours de ces productions cyniques qui considèrent le cinéma populaire comme un cahier des charges aux affects préchauffés dont la reproduction suffit à l’identification.

Narrant comment un champion de natation égocentrique et caractériel se retrouve à entraîner une équipe de waterpolo gay suite à un dérapage verbal on-TV, "Les Crevettes Pailletées" renvoie dans un premier temps aux attendus du film de sport.

Soit un pro sur le retour et rincé par la vie contraint d’accepter un coaching dont il ne veut pas vs une bande de bras de cassés qui verront la résolution du conflit israélo-palestinien avant de gagner quoique ce soit.

Le premier trouvera la rédemption en pensant à quelqu’un d’autre qu’à lui-même, les autres renoueront avec l’estime d’eux-mêmes à travers la victoire. Ensemble, ils transforment une addition d’intérêts convergents en aventure commune.

Petite morale lénifiante saupoudrée de la dose nécessaire de bons sentiments, leading-role charismatique qui serre les mâchoires pour le drama, pendant que les seconds rôles apportent ce qu’il faut d’excentricité, trainings montages d’abord fendarts puis galvanisants.

Et vous voilà avec la recette parfaite pour une après-midi téloche qui vous ramènera aux narines les effluves des tartines grillées au chocolat de mamie.

Manifestement, Cédric Le Gallo et Maxime Govare connaissent suffisamment ce programme pour savoir comment ne pas l’appliquer. Car, si "Les Crevettes Pailletées" marche sur les traces du genre le temps de sa mise en place, c’est pour mieux installer le spectateur dans des repères dont il s’ingénie subtilement à dévier. Notamment en quittant le point de vue de l’entraîneur, traditionnel point d’entrée du public qui découvre avec le personnage la communauté atypique dont il va devoir s’occuper.

Or, passé ses 15 premières minutes, "Les Crevettes pailletées" balaye cette hiérarchie atavique entre les protagonistes pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Le procédé ne pourrait apparaître que comme un point de détail d’un feel-good movie revendiqué.

En réalité, il est au cœur de la démarche des deux cinéastes. Le film ne raconte pas l’histoire d’un individu qui va comprendre que le monde ne tourne pas autour de lui en demeurant le centre d’attention du spectateur, mais d’un homme qui célèbre ses derniers instants.

Incarné par le toujours formidable Alban Lenoir, Jean se révèle le véritable pivot d’un récit qui ne révèle pleinement sa nature que dans un virage final aussi inattendu que cohérent. Plutôt que de vivre le film à travers le regard d’une norme qui va progressivement s’assouplir, "Les Crevettes pailletées" s’abstrait de tout intermédiaire pour faire de nous un participant à part entière de ce dernier voyage qui s’ignore.

Certes, on pourra trouver à redire sur l’exécution, qui se prive ainsi d’une ligne claire susceptible d’organiser les enjeux. Qu’à l’instar de ses joyeux drilles, les cinéastes privilégient parfois le plaisir de l’instant T à la continuité de l’ensemble. Que dans ce nouveau dispositif, le personnage de Nicolas Gob a du mal à trouver une place significative, que l’équilibre général présente des difficultés à imposer son évidence.

Mais le bien-fondé de ces réserves a du mal à soutenir la sincérité de la profession de foi du film, qui s’exprime notamment dans l’amour communicatif avec lequel les deux réalisateurs filment leurs personnages. Jusqu’à parfois tendre vers une symbolique dont on mesure d’autant plus la valeur à la fin.

Ainsi, "Les Crevettes pailletées" est bien plus que ce manifeste à la tolérance qui en met plein la bouche aux apôtres du film-nécessaire. C’est un hymne à la vie qui soumet l’individu-roi à la mélodie du collectif et professe la transgression des codes comme fondement d’un dialogue inclusif avec le spectateur.


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