Critiques

Les Crimes du Futur : Pas prémonitoire

Par Stanislas Claude


Le génial réalisateur canadien s’est fait une spécialité des films poils à gratter, inconfortables, à cheval entre horreur et fantastique. Tout en étant bien ancré dans un monde prémonitoire proche du notre, mais surtout axé sur un futur possible. "La mouche", "Existenz", même "Chromosome III", tous étaient sertis d’une aura de souffre. "Les Crimes du Futur" tente le même voyage temporel. Pourtant, cela ne fonctionne plus comme avant.

 

De l'horreur cheap

Le pitch était pourtant tentant. Dans un futur indéterminé, des êtres humains sont sujets à des mutations, des nouveaux organes apparaissent, la police tente de les traquer, mais des performances artistiques ont lieu dans des endroits secrets. Quand le corps d’un jeune garçon, au système digestif novateur, devient l’enjeu de recherches officielles et officieuses, les esprits s’échauffent.

Voilà ! Le réalisateur multiplie les pistes, les protagonistes, les ambiances en clair-obscur. Tout cela est prenant pendant une petite demi-heure, mais comme aucune intrigue n’est menée à son terme, le ton très lent et bavard prend rapidement le pas sur l’intérêt intellectuel. La critique cannoise a été déçue. On comprend pourquoi. Léa Seydoux, Kristen Stewart et Viggo Mortensen jouent avec des ustensiles futuristes échappés d'"Existenz". Cependant, sans faire grandir un scénario qui a beau multiplier les scènes de mutilation. Le tout sans faire frissonner le spectateur.

Un futur aliéné tel notre présent

Tout l’intérêt du film tient dans ce renouvellement de la sexualité. L’acte n’a plus d’intérêt. Une élite de l’ombre tire son plaisir dans des scarifications internes ou externes. Un peu comme pour "Crash", les scalpels défigurent les faciès, les ventres s’ouvrent, les organes sont extraits, le tout sans anesthésie ni mesures d’hygiène adéquates. Personne ne souffre d’infection et cela tient du miracle.

Fatalitas ! Ces nouvelles mœurs ne convainquent pas une seule seconde ! Tout juste peut-on les rapprocher de la course à la vacuité qui a cours dans notre monde actuel. La sape à la mode ou la sape dans le vent sont remplacées par des expériences extrêmes sur le corps humain. Ainsi, le personnage de Viggo se prénomme-t-il Tenser. Il s’est fait une spécialité des extractions d’organes inédits avec son acolyte Caprice (interprétée par Léa Seydoux). Oui, mais leurs liens sont flous. Là aussi le concept n’est pas poussé au bout. Quant à tous les personnages secondaires, ils vont et viennent sans jamais prendre d’ampleur. Comme si le réalisateur avait souhaité laisser le spectateur décider… Difficile alors de s’y intéresser quand l’action est lente et multiplie les scènes de blabla absconses.

Une impasse esthétique

Au final, le film tente d’anticiper le futur dans un monde cramoisi et lépreux où tout n’est que ruines et murs lépreux. Tenser se balade avec une cape noire, il est pris d’incessants relents digestifs et ne parvient pas à se nourrir sans une machine du diable rappelant l’esthétique de Giger dans "Alien". Et si lui aussi était un nouvel être humain uniquement capable d’avaler des substances issues de l’industrie chimique comme d’autres personnages du film ? Dans le fond, le spectateur ne sait pas trop quoi en penser, est-ce vraiment intéressant ?

"Les Crimes du Futur" est une vraie déception pour les fans de Cronenberg. Là où le réalisateur savait aller au bout de ses concepts philosophiques, il semble s’empêcher de creuser trop profond. Reste une impression de film ennuyeux, voire paresseux, avec une tonne de possibles mais rien qui n’aboutit vraiment.

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