Critiques

Les Éternels : Une mythologie humaine

Par Alexa Bouhelier Ruelle


"Les Éternels" est un nouveau film des studios Marvel.  Le premier à être mis en scène par une réalisatrice récemment oscarisée. En effet, Chloé Zao, est devenue cette année la première femme de couleur (et deuxième femme de l’histoire) à remporter l’Oscar de la meilleure réalisation pour son film "Nodmadland". Avec "Les Éternels", elle est bien loin de son épopée sociale. Là voici au milieu des grands espaces américains.

En apportant sa touche personnelle (clairement reconnaissable dans "Les Éternels"(, Chloé Zao se plie tout de même à quelques règles : les clins d’œil comiques; les origines mythiques compliquées; des paysages exotiques; un troisième acte riche en action. Néanmoins, son empreinte est bien visible. Une mélancolie certaine. Des personnages avec des trajectoires et un passé un peu plus élaborés. Ses derniers, venus d’un autre monde, tendent à dévoiler des caractéristiques très humaines. Il se battent. Ils tombent amoureux. Ils sont la proie de leurs egos. Quelques-uns ont un travail tout à fait normal (et même des partenaires tout ce qu’il y a de plus humain ou presque).

Pour la première fois dans un film Marvel, tous les personnages ressemblent au monde qu’ils ont pour mission de protéger. Le tout donne une panoplie de couleur de peau, de sexualité et de compétences. On assiste même à la première apparition à l’écran d’une super-héroïne sourde voire même d’un couple du même sexe. Encore une fois, Marvel nous dévoile une mythologie épique. Avant même qu’une seule ligne de dialogue ne soit dite, trois paragraphes de textes nous expliquent comment ces 10 éternels sont arrivés sur terre. Leur mission ? La protéger de ce que l’on appelle les Déviants. Et ce n’est que le début ! Le film propose beaucoup de scènes d’exposition pour avoir ne serait-ce qu’une petite idée globale.

Une pléiade de personnages unis contre l’adversité

Il était inconcevable d’attendre de Chloé Zao qu’elle réinvente le genre. Pourtant, "Les Éternels" joue avec l’ambiguïté du blockbuster, pour se rapprocher des traits plus humanistes et intimistes qui ont fait le succès de la réalisatrice dans le passé. Le tout dans un environnement naturel sublime. C’est aussi dans ces moments plus calmes que le film prend tout son sens.

De surcroît, les personnages les plus proches de l’archétype du héros Marvel sont très différents de ce que nous avons l’habitude de voir. Kingo (Kumail Nanjiani), cache derrière un masque comique sa lâcheté. Alors que Sprite (Lia McHugh) utilise son sarcasme comme moyen de protection contre l’agonie qu’elle ressent. Elle qui est bloquée pour toujours dans le corps d’une jeune adolescente. Ceci l’empêchant de profiter des plaisirs adultes.

Enfin, les moments les plus légers viennent du personnage de Kingo, qui a passé les dernières décennies à créer un empire à Bollywood. Nanjiani prend beaucoup de plaisir avec ce rôle à la fois narcissique et attachant.

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Benedict Wong, Angelina Jolie, Richard Madden, Gemma Chan, Kumail Nanjiani et Lia McHugh

C’est grâce au développement de chacun des personnages (et leurs interactions avec le monde qui les entoure, mais aussi l’excellent travail de chacun des acteurs) que le film évolue vers quelque chose de plus sophistiqué.

Plusieurs thèmes sont abordés à travers les différentes trajectoires de nos héros : la capacité de l’homme à être bon s'incarne sous la forme de l’empathie que Sersi apporte à sa relation avec les populations qu’elle rencontre. La question du libre arbitre est introduite à travers le pouvoir de Druig. Ce dernier contrôle l’esprit de sa propre communauté au milieu de l’Amazone.

Chloé Zao place chacun de ses personnages dans des cadres à couper le souffle. Il sont aussi colorés et divers les uns que les autres. Cela ajoute de la texture à l'environnement visuel du film. C'est ce qui demande de le voir sur grand écran. Tout ceci est combiné à la sensibilité de Jack Kirby. Ses lignes géométriques qui entourent la technologie des Eternels et les endroits où ils ont laissé une marque dans l’histoire.

Un film qui prend son temps

Le vrai enjeu de du film "Les Éternels" était de trouver un équilibre entre les super-productions du studio et la sensibilité de l’auteur qui le réalise. Il est indéniable que Chloé Zao est à la hauteur de ce défi. Son attention pour chaque détail, la beauté de l’environnement qu’elle présente et ses scènes les plus intimes en sont le parfait exemple.

A la fois réalisatrice et scénariste, Zao aura développé un rythme bien particulier pour "Les Éternels". Il est délibérément plus lent. Il s’arrête souvent sur des détails ou des moments plus intimes entre les principaux protagonistes. Comme pour nous dire : le monde est en danger, mais la vie continue. Chaque moment est précieux. La photographie, signée Ben Davis, met en scène des plans assez longs qui s’attardent souvent sur un personnage. Avec, en toile de fond, des paysages impressionnants ou un coucher de soleil à couper le souffle.

Tous les ingrédients Marvel sont présents. Même si le film n’est pas parfait, cela montre que la franchise ne se repose pas sur ses lauriers en attendant d’empocher un prochain chèque. En présentant de nouveaux acteurs, et en leurs donnant un passé complexe autour d’une intrigue qui parait plus personnelle que d’habitude "Les Éternels" ressemble plus à un drame familial métaphysique (dans le cadre duquel Thanos serait le vilain petit canard), qu’à un film de super héros. Le tout grâce au regard empathique de sa réalisatrice, qui se soucie autant de ses personnages que des scènes d’actions.

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