Critiques

Les Fantômes d’Ismaël : Un drame bien (trop) français

Un casting pour le moins alléchant avec "Les Fantômes d'Ismaël" (distribué par Le Pacte) ! Marion Cotillard, Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Hippolyte Girardot… Le tout réuni dans un drame français. Encore un ?

Ismaël (Mathieu Amalric), le personnage principal torturé et limite épave, a subi la disparition soudaine de sa femme Carlota (Marion Cotillard) il y a une vingtaine d'années. Son beau père perd régulièrement la tête depuis la disparition de sa fille qui a été déclarée administrativement décédée. Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astro-physicienne solitaire et frêle, est la nouvelle compagne d'Ismaël et tente de le faire remonter à la surface. A part cela, Ismaël est réalisateur et tente de mettre en images la vie rocambolesque de son frère, lui aussi plus ou moins disparu mais au moins, il n'est pas considéré comme décédé...

Car des disparitions, il y en a dans "Les Fantômes d'Ismaël" ! Mais il y a aussi une réapparition, celle de Carlota, la femme censée être décédée et qui veut récupérer son mari. Point de fantastique là-dedans ! A aucun moment mis à part une très courte scène dans un train servant de transition où Mathieu Amalric est dans une sorte de delirium tremens. Ce qui est un peu dommage...

Mais revenons à ses fameux « fantômes » : son frère, sa femme, ses cauchemars incessants toutes les nuits… Voilà les démons plutôt que les fantômes qu'Ismaël tente de « gérer » dans ce film pendant deux heures. Par moments, on a l'impression que Desplechin fait quelques clins d'œil à Bertrand Blier. Mais seul Amalric semble s'amuser du scénario délirant dans lequel il est plongé. Le gros problème de Desplechin avec "Les Fantômes d'Ismaël", c'est de maintenir ce cap du drame français. De multiples idées sont proposées sans être exploitées par le seul biais du drame, des sentiments amoureux, des grosses larmes de Marion Cotillard et des dialogues lourds et bien trop mélo-méta-physiques.

On retiendra quelques scènes marquantes comme cette colère sans retenue jouée par Amalric, explosion d'une frustration d'Ismaël contenue pendant vingt ans, ou encore lorsqu'il tire sur son metteur en scène dans un moment complètement foutraque ! D'ailleurs, on dirait que seul Amalric s'éclate vraiment dans son rôle qu'il maîtrise parfaitement. Il arrive même à nous faire sourire ! Et il est bien le seul. Les autres acteurs sont bons, sans nulle doute, mais ne crèvent pas l'écran. Par exemple, lorsque Charlotte Gainsbourg exprime la jalousie de son personnage Sylvia, on ne la sent pas, elle ne transparaît pas à l'image. On le sait uniquement parce qu'elle le dit en versant au même moment une petite larme.

Un dernier point important à aborder, il faut dire stop aux super gros plans sur les visages où on est capable de voir la trombine de l'éclairagiste dans le reflet des dents immaculées des acteurs. Également à proscrire, cette manie de chuchoter devant la caméra car le son est pour le coup trop amplifié et on entend plus distinctement les borborygmes des acteurs plutôt que leur texte. Les deux mis ensemble font nettement perdre en intensité un monologue de Charlotte Gainsbourg censé raconter la situation finale du film.

Pour résumer, "Les Fantômes d'Ismaël" est un film plein d'intentions, un casting alléchant, mais qui se contente du drame bien français et reste trop modeste alors qu'il a les moyens d'être beaucoup plus ambitieux.

Auteur :Pierre Deplancke
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