Critiques

Les femmes du pavillon J : Plus fortes que tout

Par Stanislas Claude


"Les femmes du pavillon J" est un film qui creuse avec bonheur la question de la femme au cœur du royaume marocain. Pas une mince affaire quand on connait le carcan archaïque que les traditions tissent autour de celles qui sont éprises de liberté. Le réalisateur Mohamed Natif imagine 3 femmes réunies dans la même chambre d’un asile psychiatrique de Casablanca et partageant chacune son histoire pour brosser un état des lieux de la société. C’est émouvant et édifiant.


Un long chemin vers la liberté

Le cinéma marocain aime à proposer très régulièrement des films marquants qui jettent un regard lucide sur une société enferrée dans des règles d’un autre temps. Après "Much Loved", "Burning Casablanca", "Razzia" ou "Rock the Casbah", le film offre une nouvelle plongée dans le Maroc d’aujourd’hui, entre passé et modernité. 3 héroïnes se retrouvent enfermées. Une maman au deuil impossible, une épouse trahie et une jeune femme victime d’inceste. Toutes cherchent à se reconstruire. Elles trouvent dans la compagnie de leurs colocataires de chambre de vrais rayons de soleil.

Le réconfort collectif tient du miracle. Il est entretenu par une infirmière qui se prend d’affection pour elles. Ce que ni l'institution médicale, ni le monde du dehors ne peuvent leur apporter. Aussi, le trouvent-elles entre femmes. Les rires et les apartés se multiplient pour se reconstruire alors que l’infirmière providentielle réussit à organiser des virées nocturnes en cachette. Des virées interdites mais salvatrices.

Une patiente reconstruction

"Les femmes du pavillon J", c'est la rencontre entre 4 solitudes. Elles représentent la condition de la femme dans le Maroc contemporain. Des vies devenues des tunnels sombres qui retrouvent la lumière en échappant aux règles rigides dictées par leurs congénères masculins et liberticides. Le film souligne également le courage nécessaire pour affronter l’opprobre. Pour se libérer, envers et contre tous, des diktats. Des confessions s’enchainent avec des récits qui font froid dans le dos. Par-delà le silence, les mensonges et les non-dits, la parole devient libératrice autant que salvatrice.

Le parcours de Mohamed Nadif l’a d'abord fait passer par le théâtre. Tout d'abord en tant que comédien et metteur en scène. Puis de rejoindre le cinéma en tant qu’acteur dans de nombreux films avant de passer à la réalisation. Lauréat de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique (ISADAC - interprétation), il a finalisé sa formation à l’Université Paris-X. C'est là qu'il a obtenu un diplôme d'Etudes Approfondies en théâtre et arts du spectacle. Suivront l’écriture et la réalisation de 3 courts-métrages ("La jeune femme et l'ascenseur" (2005), "La jeune femme et l'Instit" (2007) et la "Jeune femme et l'école" (2009)). "Les femmes du pavillon J" est son deuxième long-métrage après Andalousie, mon amour! sorti en 2012.

"Les femmes du pavillon J" est une révélation, autant cinématographique que sociétale avec des héroïnes au fond du trou qui réussissent à se relever en trouvant des soutiens que la société leur refuse. Tentant d’échapper au formatage archaïque que la société promet aux femmes, elles luttent et refusent de baisser les bras. L’enfermement n’est pas une option pour elles, même si elles doivent s’élever contre les règles dictées par leurs familles et la société. Le film sort le 11 mai au cinéma pour une belle ode à la liberté.

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