24 octobre 2020
Critiques

Les Héros ne meurent jamais : Décevant road-movie en Bosnie

Par Théodore Azouze


Adèle Haenel et Jonathan Couzinié sont les principaux protagonistes du premier film d’Aude-Léa Rapin, "Les Héros ne meurent jamais". Malgré une belle proposition initiale, le film ne décolle jamais vraiment, échouant à créer de l’intérêt pour des personnages qui manquent de densité et un scénario oscillant entre fantastique, drame et road-movie.

Rechercher le fantôme d’un ancien criminel de guerre bosniaque au fin fond des Balkans ? Voilà la proposition atypique du premier film d’Aude-Léa Rapin, "Les Héros ne meurent jamais". Le postulat initial est le suivant : Joachim (Jonathan Couzinié) est interpellé dans la rue par un mendiant qui affirme que le jeune homme est la réincarnation d’un soldat mort en Yougoslavie, avant même le début de la guerre. Une de ses élucubrations fait tiquer le jeune homme : ce militaire serait décédé le 21 août 1983, soit le jour de sa date de naissance. La nuit suivante, hébergé chez Alice (Adèle Haenel), une illumination lui parvient. Pendant cette crise, il se grave un nom sur le bras : Zoran Tadic. Alice et Joachim se mettent alors tous deux en tête de retrouver les traces de Zoran dans son pays d’origine.


Un mockumentary au fin fond de la Bosnie
En plus de ce scénario déjà alambiqué, la réalisatrice complique encore sa tâche en faisant le choix du mockumentary (« documenteur » en français), c’est-à-dire de tourner son film en forme de faux reportage. Les personnages ont donc conscience du début à la fin du long-métrage qu’ils sont filmés, les amenant à jouer régulièrement avec la caméra ou en s’adressant directement au cameraman, Paul, qui n’apparaît jamais à l’écran. Cette décision, ambitieuse, aurait pu faire la force de la réalisation par une originalité formidable, collant avec la singularité du scénario.

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Adèle Haenel et Jonathan Couzinié - Copyright Les Films du Worso
Malheureusement, ce pari ne s’avère pas payant. Les belles intentions initiales – le choix du mockumentary, la volonté de tourner dans une contrée méconnue, la Bosnie-Herzégovine – ne sont pas valorisées par la faiblesse du script, notamment au niveau de l’écriture des personnages. Il est difficile de percevoir quelles relations les animent entre eux. Pas forcément simple non plus d’imaginer ce qui pousse Alice, une journaliste qui connaît la région, à accepter de partir à l’autre bout de l’Europe pour tourner un film sur la recherche du fantôme de son ami. Les quelques éléments distillés plus tard, censés amener une réponse à cette volonté, arrivent brutalement, sans aucune subtilité. On a parfois l’impression que "Les Héros ne meurent jamais", court (1h25), aurait ainsi pu se densifier un peu pour ajouter quelques scènes qui auraient amené plus de profondeur au récit et aux relations entre les personnages, à peine exploitées.

Quant aux acteurs, certes pas aidés par la faiblesse de leurs personnages, ils s’enlisent peu à peu dans la noirceur du paysage bosnien. Jonathan Couzinié apparaît toujours en dedans, tantôt mutique, parfois hystérique, sans aucune explication préalable. Adèle Haenel semble tout aussi perdue, même si sa qualité de jeu peut sauver quelques séquences. Les personnages secondaires n’ont par ailleurs que peu d’intérêt. Celui de Virginie (Antonia Buresi), qui gère le son du reportage dans le film, passe seulement son temps à se quereller avec Alice, n’apportant donc pas grand-chose.


Un film qui cherche son genre
"Les Héros ne meurent jamais", sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, recherche perpétuellement son genre. On pense d’abord à assister à un film fantastique, puis on passe d’emblée sur une bonne demi-heure de road-movie. Ce dernier laisse place à des scènes à connotation bien plus dramatique, avant de revenir sur la fin au registre fantastique. Le tout sous la forme du mockumentary, qui rend le film froid et fait difficilement passer des émotions au public. Bilan : le spectateur demeure sans réponses après le visionnage. Ni sur le message à retenir du film – car il semble en y avoir un, mais lequel ? - ni sur la résolution de l’intrigue, tirée par les cheveux.

Malgré une belle idée initiale, "Les Héros ne meurent jamais" aurait sûrement gagné à être finalement encore plus ambitieux, en travaillant plus les personnages et la fluidité du scénario. Le film a toutefois le mérite de proposer d’intéressants plans sur les anciennes villes yougoslaves, ravagées par la guerre dans les années 90. Toutefois, cette force visuelle des images n’aurait sans nul doute été que renforcée par un propos véritablement puissant.

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