Critiques

Les Huit Salopards : Ou de quoi nous dégouter du cluedo

Un western dans un huis-clos tel est le principe fondateur du film "Les Huit Salopards".

La phrase relève presque de l'oxymore. Et pourtant il s'agit bien là de la nouvelle idée foireuse de môssieur Quentin Tarantino. Difficile pour un non-fan du plus gore des réalisateurs de foncer tête baissée directions les salles obscures. L'homme tient toutes ses promesses et ainsi retrouve-t-on tous les défauts communs à son œuvre, sa signature en somme. Mais ses habituels points forts ? On cherche toujours…

Voir un Tarantino, c'est une promesse de fun à l'état pur. Des headshots en veux-tu en voilà, des répliques cultes qui tombent du ciel, de l'hémoglobine sous adrénaline. On ne va pas voir un Tarantino défoncé ou alcoolisé. C'est Tarantino qui nous défonce ou nous rend ivre. Néanmoins, avec "Les Huit Salopards", la déception est à la hauteur de l'abstinence. Et n'a rien de surprenant. Revenons point par point sur le pourquoi du comment.

Qui dit huis clos dit… Répliques. Dialogues. Chose que Tarantino maîtrise avec une certaine aisance, nul ne peut le nier. Mais avec un certain dosage. Certaines scènes de dialogues de "Pulp Fiction" ou de "Inglorious Basterds" sont aujourd'hui légendaires. Uniquement car elles arrivent à point nommées.

Imaginez à présent ce même "Inglorious Basterds" que vous chérissez tant uniquement composé de dialogues entre Christoph Waltz et Brad Pitt. Comment ça, vous avez déjà besoin d'un xanax ? Vous avez compris tout le problème. Ne s'improvise pas Sartre qui veut.

"Les Huit Salopards", cluedo géant, propose des dialogues plutôt moyens voire parfois carrément foireux. La subtilité Tarantinienne, synonyme de paroxysme de la vulgarité n'étant pas le principal problème. Il s'agit d'avantage du manque de fond. L'histoire du Major Marquis Warren en étant la parfaite illustration. Vulgarité, zéro… Et surtout pas drôle pour un sous.

L'autre problème de taille est la seconde composante d'un bon huis clos. Faute d'avoir de bons dialogues, il faut une certaine tension. Or ici, et bah… Il n'y en a point. Tout amateur qui aurait vu d'un œil distrait l'un des sept précédents films du réalisateur sait à quoi s'en tenir : boucherie il y aura à un moment ou un autre. Alors au fond, qui est le fameux complice, on s'en tamponne un peu. On sait que ce dernier ne pourra s'échapper sans y perdre un pied.

Encore une fois, cette absence de tension du spectateur passe par le Major Marquis. Difficile de s'inquiéter pour le sort du personnage incarné par Samuel L. Jackson tant nous connaissons ses affinités avec Sir Tarantino. Au final, l'acteur, pourtant brillant, nous livre une de ses plus mauvaises prestations, incarnant un personnage aussi barbant que désagréable, à écouter comme à regarder.

Chose qui est à peu près vraie pour tous les autres salopards. C'est tout bonnement simple : jamais Tarantino n'avait peint une galerie de personnages aussi peu attachants. Mention spéciale à Jennifer Jason Leigh, véritable punching-ball sur pattes qui devrait vraiment se demander si cela valait le coup de signer pour ça.

"Les Huit Salopards" est-il un bon Tarantino ? La tendance dirait que non. Mais est-ce un bon film ? L'objection est inévitable ! Dialogues plats, manque d'intrigue et d'enjeux, la fin semble être un immense fuck aux spectateurs à peine dissimulé lui faisant amèrement regretter ses 7€50. Tarantino se masturbe et en plus de ça, exige qu'on le regarde faire pendant trois heures. L'année 2016 commence mal...

Auteure :Mélissa Chevreuil

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