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Les Infiltrés de Martin Scorsese : La critique

Martin Scorsese est de retour avec "Les Infiltrés". Faisant partie d'un panthéon où figurent Coppola, Cimino, De Palma Friedkin ou Spielberg, Martin Scorcese a alterné chefs d'œuvre et films moins ambitieux, fondant sa notoriété en partie grâce à sa collaboration avec Robert De Niro, son acteur fétiche.

Depuis "Gangs of New York" et "Aviator", Leonardo DiCaprio semble avoir pris le relais. "Les Infiltrés" s'inspire du premier volet de la trilogie hongkongaise "Infernal Affairs" (2002) signé Andrew Lau & Alan Mak avec Tony Leung et Andy Lau. Le cinéaste s'était déjà essayé de brillante manière à l'exercice du remake avec Les nerfs à vif en 1991.

Avec "Les Infiltrés", Martin Scorcese quitte New York, son terrain de prédilection et ses mafieux italiens pour planter son décor à Boston où se livre une guerre sans merci entre les unités spéciales de la police et un gang irlandais dirigé d'une main de fer par Frank Costello.

Au sein des deux camps se cache une taupe. Colin Sullivan travaille en secret pour le compte de Costello tandis que la recrue Billy Costigan informe des agissements de la pègre.

Une fois n'est pas coutume, Scorcese capte dans "Les Infiltrés" les émotions chez ses interprètes et soigne ses cadres afin de donner corps à l'intrigue. Si le scénario a conservé les grandes lignes de l'original, c'est plutôt du côté des "Affranchis" (1990) qu'il faut chercher quelques influences.

L'auteur prolonge ainsi avec "Les Infiltrés" son exploration de thèmes comme la violence urbaine, les rapports de force, la loyauté ou la trahison. Mais ce qui intéresse principalement le réalisateur, ce sont les protagonistes à travers leurs actes et leurs relations d'où ce rapport à la filiation (d'un côté, Costello et Sullivan et de l'autre, Queenan et Costigan).

Sous couvert d'un remake, "Les Infiltrés" s'approprie les personnages originels pour leur conférer une dimension scorcesienne avec leurs drames personnels et leur complexité. Il se profile ensuite un nouvel enjeu avec ce jeu du chat et de la souris (la recherche de l'identité du "traître" dans les rangs adverses) qui accentue la tension et on déplorera l'intervention d'une romance aussi mièvre qu'inutile.

A travers son objectif, Scorcese met en valeur une distribution impressionnante de justesse. Alors que Robert De Niro devait initialement prêté ses traits au parrain irlandais, Jack Nicholson use de sa palette la plus cynique d'expressions faciales (sourcils sardoniques et sourire carnassier y sont légions). Le spectateur ne sera donc pas surpris de la crudité de certaines de ses répliques.

Dans la continuité de son rôle de "Gangs of New York", Leonardo DiCaprio démontre l'intériorité de son jeu tout en écorchant son image de beau gosse. A contre-courant, Matt Damon est remarquable de sobriété et de fausseté.

D'autres comédiens expérimentés comme Martin Sheen et Alec Baldwin se distinguent par leur forte présence à l'écran. Et une mention spéciale à Mark Wahlberg pour sa prestation de grande gueule.

Grâce à une mise en scène appliquée et une interprétation de premier choix, "Les Infiltrés" s'affiche comme une nouvelle réussite au palmarès exhaustif du réalisateur.

Tel est le cinéma de Scorcese : intimiste, violent, nostalgique parfois cru mais toujours aussi passionné.


Auteur :Fabien Rousseau
Publiée avec l'aimable autorisation de la rédaction des Héros de l'Ecran
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