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Les Insurgés d’Edward Zwick : La critique

Edward Zwick fait partie de ces réalisateurs qui divisent profondément la communauté cinéphile. Et on a envie de rajouter que c'est un comble pour un artiste dont les détracteurs affirment justement que c'est un metteur en scène « mou », « sans vision », « consensuel » et « hollywoodien ». Plein de vilains mots en somme mais que Zwick a parfois mérité dans une carrière qui a connu des hauts ("Glory") et des bas (le lourdingue "Blood Diamond").

Avec "Les Insurgés" (on lui préfèrera son titre original "Defiance") le réalisateur du "Dernier Samouraï" retourne à un genre qui lui est cher : le film historique « tiré d'une histoire vraie ». Une chose est sûre à la sortie de la projection : ce n'est pas avec ce nouveau long que Edward Zwick va se réconcilier avec ses ennemis de toujours…

Sur le papier, il y a un sujet en or et qui plus est méconnue : la résistance des juifs biélorusses contre l'envahisseur nazi en 1941-42. D'abord isolée et désorganisée, la communauté va petit à petit apprendre à survivre et à se défendre. A l'écran, tous les ingrédients sont réunis pour faire du film une réussite à commencer par un casting hyper solide soutenu par le toujours impeccable Daniel Craig.

Malheureusement, rattrapé par ses vieux démons, Edward Zwick sort les grosses ficelles et refuse de s'engager sur des pentes glissantes. Le massacre des villageois collaborateurs par les juifs devenus bourreaux ? A peine évoqué. Le glissement progressif du personnage de Daniel Craig de leader à dictateur (et meurtrier) ? Une toute petite séquence de deux minutes qui ne remet absolument pas en question son statut de héros immaculé (il tue un méchant et c'est bien fait).

Aux vrais sujets qui fâchent, Zwick préfère inclure quelques histoires d'amour fadasses (option mariage puis scène sur l'oreiller) et une parabole bien lourdingue sur le devenir du peuple juif (Craig en pseudo moise guide son peuple traqué par les vilains égyptiens / nazis). Qui plus est, la qualité technique jusqu'ici incontestée de la mise en scène, laisse place à un manque d'ampleur surprenant (format 1.85 ?). A ce titre, le bombardement des stukas sonne bizarrement creux avec des intégrations numériques malheureuses. Quant au morceau de bravoure final, il limite l'armée allemande à quelques figurants et un char tigre. On peut trouver ça frustrant.

En essayant de signer sa "Liste de Schindler" ou son Requiem pour un massacre, Edward Zwick s'est donc planté. Faute de maturité ? Faute de scénario crédible ? Trop de fautes de goût peut être… Reste un film estimable, plutôt digne d'intérêt et porté par une interprétation irréprochable. Pour le coup, le réalisateur mérite pleinement son titre de faiseur « trop hollywoodien ». Entre de meilleures mains, le résultat aurait été probablement beaucoup plus percutant.

Auteur :Frédérick Lanoy
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