16 octobre 2021
Critiques

Les Intranquilles : Ils ne vous laisseront pas indemnes

Par Clara Lainé

Malgré les épreuves endurées, Leïla se bat au quotidien pour sauver le couple qu’elle forme avec Damien, son mari bipolaire. Les deux s’aiment profondément, mais la maladie dont souffre ce dernier transforme leur quotidien en enfer. Trop désinvolte, Damien refuse de prendre ses médicaments, et, de ce fait, est victime de crises de plus en plus fréquentes et violentes. Bien conscient de rendre son épouse et son fils malheureux, il refuse pourtant d’admettre qu’il ne parviendra pas à reprendre seul le contrôle de son esprit. L’amour qu’ils se portent permet à cette famille de ne pas sombrer devant un avenir qui s’annonce complexe.

Je crois qu’il est impossible d’anticiper l’effet que produira une œuvre sur quelqu’un : beaucoup trop de facteurs influent notre regard et c’est justement cette subjectivité qui confère au cinéma une dimension si fascinante. Cependant, je vois difficilement comment il est possible de ne pas être touché(e) par Les Intranquilles. Cette histoire familiale : au début, vous ne verrez qu’un père, une mère et leur fils.


Un trio au diapason
Vous vous demanderez peut-être où Joachim Lafosse nous emmène avec ces personnages qui n’ont rien de très originaux et cette ambiance sombre. Et puis, il y aura ce moment où vous comprendrez que derrière le père, il y a un homme bipolaire, que derrière la mère, il y a une femme délaissée en mal d’attention, et que derrière le fils, il y a un enfant perdu qui se laisse porter. Ce jeune garçon contraint de s’habituer aux phases maniaques de son père est joué par Gabriel Merz Chammah, qui n’est autre que le petit-fils d’Isabelle Hupert. À huit ans, il crève déjà l’écran et fait preuve d’une justesse troublante à chacune de ses apparitions. Je vous le garantis : au vu de cette remarquable performance, on n’a pas fini d’entendre parler de lui.

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Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah - Copyright Stenola Productions
Le reste du casting n’a pas démérité non plus, bien au contraire : Leila Bekhti et Damien Bonnard incarnent à merveille un couple à la dérive désespérément amoureux l’un de l’autre, mais aussi bouleversé par le trouble bipolaire de Damien. De cet artiste peintre et de cette restauratrice de meubles émanent les limites de l’engagement amoureux : celles-ci se dressent, implacables, quand la prise de lithium devient une source de conflit au quotidien, quand l’étau se resserre et que l’hôpital semble redevenir la seule option, quand la paranoïa contamine le couple entier, bref : quand l’amour, aussi fort soit-il, ne semble plus suffire.


Les émotions au cœur du scénario
C’est ici que réside la force du film Les Intranquilles : au-delà de la maladie mentale, Joachim Lafosse dresse le portrait d’une famille ébranlée, à la limite de la cassure, mais dans laquelle le couple n’a de cesse de lutter. Un tel combat pourrait sembler perdu d’avance, mais peu importe : la beauté de cet amour qui s’acharne à exister en parallèle du trouble bipolaire a quelque chose de grandiose, mais aussi de dérangeant. Pour autant, le trouble met du temps à se faire une place, probablement grâce à la lenteur du rythme instauré par le réalisateur qui nous condamne à une posture de passivité à la limite du supportable.

C’est peut-être pour cela que l’on ressent autant d’empathie pour le personnage de Leila dans Les Intranquilles : à plusieurs reprises, je me suis surprise à me demander ce que j’aurais fait à sa place. Au fur et à mesure que progressait le scénario, elle se faisait une place en moi jusqu’à ce que ses émotions se confondent aux miennes : alors seulement, quand elle a pris la décision de renvoyer son mari à l’hôpital contre son gré, quand elle l’a mis à la porte en dépit de l’amour qu’elle lui porte, mes larmes ont coulé.

C’est pour ce genre d’instants de grâce que je me rends dans les salles de cinéma. Et c’est le fait d’en avoir vécu un de la sorte qui me fait élever Les Intranquilles au rang de coup de cœur. Bien loin des représentations stéréotypées de la maladie mentale, ce film nous fait toucher aux contours des relations amoureuses d’une manière aussi sublime que violente.


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