Critiques

Les Meilleures : Stories of my life

Par Guillaume Méral


Pour vivre heureux, vivons cachés ? Après tout, pourquoi pas. Ça peut ressembler à une proposition séditieuse à une époque où la surexposition de ses émois devient une condition sine qua non d’existence de l’individu dans l’espace public. Mais, assumer tel qu’on est et se montrer tel qu’on veut (ou doit) être vu, s’avère parfois des faux-amis de la vie sociale.

C’est ce fossé que se propose d’explorer "Les Meilleures". Le premier film de Marion Desseigne Ravel. Banlieusarde à l’aise dans ses Air Max, Nedjma n’a pourtant aucun problème avec elle-même lorsqu’on la découvre. Postée derrière son dos, la caméra suit sa démarche chaloupée avancer en pilotage automatique dans les artères de la cité, et la gestion du flou limite au strict minimum les informations parvenant au spectateur. Une seule vitesse, la marche avant, une seule direction tout droit. Nedjma n’est pas une coquille vide, mais une coquille qui fait le vide. La différence est de taille et va se creuser lorsque l’arrivée d’une nouvelle voisine remplit son espace intérieur des questions qu’elle ne s’était jamais posées.

Pas facile d’avoir des choses à garder pour soi quand on s’est toujours regardé dans le regard des autres comme dans un miroir. C’est ça le véritable sujet du film "Les Meilleures" : la découverte de sa propre intériorité par une femme qui avançait dans le monde comme un livre ouvert, ou un smartphone en l’occurrence. La réalisatrice ne réinvente pas forcément le fil à couper le beurre, mais elle sait affûter son propos sur la pierre à aiguiser de son époque. Les réseaux sociaux on en parle, mais on les filme finalement peu. Marion Desseigne Ravel ne botte pas en touche, et s’efforce d’intégrer cette problématique à l’image, à l’instar de ces flous enchaînés et commentés telle une story Insta.

Par essence, les « coming of age stories » ne cessent de confronter les tourments intérieurs d’un personnage avec un monde qui ne l’écoute pas, mais ne cesse de le regarder. Dans Les meilleures, la perte de contrôle de son narratif par Nedjma se déroule en place publique et connectée, au sein de cette interface médiatique qui récite la vie de chacun en continu. C’est principalement là que "Les Meilleures" tire son épingle du jeu, même si la réalisatrice réserve quelques jolis moments d’intimité entre Lina-El Arabi (très bien, bien qu’ayant tendance à mâcher son chewing-gum comme Jean Reno dans "Godzilla") et Esther Rollande (une révélation).

Le cinéma, c’est les images exprimant cette vie intérieure qui échappe à la parole. "Les Meilleures" fait justement l’apprentissage avec l’héroïne de ce jardin secret à cultiver pour soi et pour le spectateur. Le film s’ouvre sur une héroïne cadrée de très près, faisant abstraction de tout et clouée sur le plancher des vaches. Entre-temps, Nedjma prend de la hauteur. "Les Meilleures" se termine alors sur la vue au dernier étage d’une série d’immeubles, où des tranches de vie se déroulent à l’abri des regards derrière des fenêtres d’appartement. Être soi-même, c’est aussi raconter ce que l’on veut bien dire aux autres.

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