22 novembre 2019
Critiques En Une

Les Misérables : Un peu vain

La critique du film Les Misérables

Par Victor Van De Kadsye

Voilà un film qui risque de faire grand bruit dans les prochaines semaines à venir. Les éloges ne cessent de croître depuis sa première projection cannoise. "Les Misérables" a la réputation d'un film sensationnel, d'un film qui va bousculer les choses, d'un film percutant. Malheureusement, quelques mois après la hype née à la Croisette, on se retrouve, au final, avec une œuvre ayant du mal à être à la hauteur de sa réputation.


Pourtant, sur le papier, l'envie d'y croire est là. Adapté d'un court-métrage déjà signé par Ladj Ly, "Les Misérables" raconte une journée caniculaire d'une équipe de la Brigade Anti-Criminalité de la banlieue de Montferneil. Situant son histoire après la victoire de l'équipe de France à la Coupe du Monde, le réalisateur y va franco dans son propos et montre que cet instant d'euphorie n'est que de courte durée. Après la joie vient une spirale de violence mettant toutes les communautés en ébullition. Un raisonnement affiché de manière frontal, à l'image du reste de son film. On se retrouve bien devant un film Kourtrajmé : c'est violent, c'est brutal et ce n'est pas très fin à suivre.

Les trois personnages que nous suivons pendant 1h40 sont dessinés avec des gros traits : un flic proche du burn-out, la tête brûlée insupportable et raciste et le bleu observateur d'une réalité qu'il ne connaît guère. Evidemment, ils représentent des archétypes, des personnages écrits pour une fiction, mais qui sont trop proches du réel pour y croire réellement. On aimerait les connaître d'avantage plutôt que d'expédier leurs complexités par une scène de famille placée inutilement.

film-les-miserables-1
Un manque de subtilité faisant contraste avec une mise en scène palpitante. Au cœur de l'action dans "Les Misérables", la caméra capte, avec nervosité, les tensions qui englobent tous ces groupes. Le spectateur est tenu en haleine et se prend une violence en pleine figure jusqu'à un final anxiogène au sein d'un immeuble. On regrette que cette ingéniosité de la réalisation, apportant tous les points de vues possibles (aidé par un drone notamment), ne va pas de pair avec une finalité assez vue et revue.

La violence engendre la violence. Voici un propos qu'on a déjà pu voir dans des classiques comme "Orange Mécanique", "Do the right thing" ou, référence évidente, "La Haine". C'est aussi celui que l'on retrouve dans "Les Misérables", où la bavure crasse de ces policiers vont provoquer un chaos inouï. S'il faut saluer la volonté de Ladj Ly à faire prendre conscience d'une telle réalité, à une époque où malheureusement les bavures se produisent régulièrement, il faut en cependant pointer du doigt l'absence de finalité. Lors d'interventions musclés, le personnage de Damien Bonnard tente de calmer son collègue sanguin en disant : « Ça va, on a compris ! ». C'est cette même parole qu'on a envie de clamer au réalisateur qui ne va jamais s'arrêter de déclarer son propos sans aller au-delà, rendant le résultat final assez lisse avec le sentiment de n'avoir rien appris.

Bref, un premier film qui montre une force de la caméra, certes, mais "Les Misérables" finit par épuiser du fait de son propos répétitif qui aurait mérité un approfondissement plus nuancé. Il en reste, en définitive, qu'un moment de tension efficace jusqu'à sa toute dernière scène.


Tous nos contenus sur "Les Misérables" Toutes les critiques de "Victor Van De Kadsye"

ça peut vous interesser

J’ai perdu mon corps : Et mon temps…

Rédaction

Joyeuse Retraite : Ciné’Pad

Rédaction

Adults in the room : La critique du film

Rédaction