31 octobre 2020
Archives Critiques

Les Noces Funèbres : La critique

Inspiré d'une légende du folklore russe selon laquelle un pauvre jeune homme est entraîné sous terre à la veille de ses noces par une mariée décédée, "Les Noces Funèbres" enfonce le clou du retour sur nos écrans de Tim Burton après le succès de son adaptation du Charlie et La Chocolaterie de Roald Dahl. Grâce à l'usage du stop-motion, animation image par image en volume, le film possède une esthétique particulière qui rend les personnages assez surréalistes, certains morceaux de leur anatomie, comme les jambes par exemple, restant généralement assez figés. Et si leur yeux sont encore réduits à de simples globes, l'amélioration de la technologie permet tout de même aux marionnettes du film d'être assez expressives : grâce à un mécanisme placé dans la tête des personnages, nous pouvons désormais assister à la naissance d'un sourire sur un visage, comme lorsque Finis Everglot, l'un des deux pères de l'histoire, se sent obligé de faire semblant d'être heureux.

De plus, aux côtés de ce type d'animation, ce qui rend "Les Noces Funèbres" si étrange c'est la manière dont les décors sont éclairés, ainsi que les couleurs utilisées. L'histoire nous présentant un antagonisme entre le monde des vivants et celui des morts, les couleurs de chacun de ces deux mondes ont été choisies en opposition. Mais cette opposition se fait tout en contraste, puisqu'il est question ici de mettre en valeur les différences entre les personnages du dessus, et ceux du dessous. Il s'agit avant tout de divergences de caractères : les personnages encore en vie sont rongés par l'intérêt qu'ils peuvent trouver dans le mariage de Victor et Victoria, et les morts, possédant une philosophie sur la vie assez fataliste, se préoccupent surtout de faire la fête.

Victor Van Dort, fils de marchants de poissons riches, mais cherchant à se refaire une place dans la haute société, et Victoria Everglot, fille de membres importants, mais désargentés, de cette même société, sont donc promis à un mariage d'intérêt et se rencontrent le jour de la répétition de leurs noces. Mis à part le fait qu'ils représentent tout de même nos deux héros, nous pourrions penser que ces personnages appartiennent bien au monde du dessus. Mais c'est sans compter sur la présence du papillon sous cloche dans la chambre de Victor : composé d'un joli bleu, il renvoie (entre autres, mais nous n'allons pas tout dévoiler, surtout lorsqu'il s'agit d'une séquence aussi poétique) à la couleur de peau de la Défunte Mariée qui emmènera Victor dans le monde souterrain.

L'opposition entre le monde des vivants et celui des morts, en plus de résider dans l'utilisation des couleurs, se retrouve dans des scènes à l'humour typique de Tim Burton. Ainsi, la seule marque de sourire du monde du dessus sera l'étirement forcé de la bouche du père de Victoria, tandis que le monde souterrain regorge d'humour : des araignées recousent le costume de Victor, le barman est une tête qui se promène sur de drôles de cafards, le vieux sage-squelette boit un liquide que nous voyons traverser sa cage thoracique, la conscience de la Défunte Mariée est un vers de terre qui vit derrière son Sail& Grâce à Victor qui est littéralement tiraillé entre le haut et le bas, voici la question que pose le film de Burton : à quel monde appartenons-nous ?

Au-delà de la séparation stricte entre les vivants et les morts, puisque bien sûr il ne s'agira finalement pas pour Victor et Victoria de marquer leur différence en déménageant en-dessous, nous sommes face une quête identitaire. En cela, "Les Noces Funèbres" n'est pas un film pour les très jeunes enfants : même si l'impact de la mort y est relativisé, et que cet état semble être dans le film plus joyeux que la vie à travers la chanson des squelettes qui nous expliquent que nous devons tous mourir un jour ou l'autre, il faut une certaine maturité pour comprendre que le message qui est transmis avant tout ici est qu'il faut avoir la patience de vivre les choses les unes après les autres.

Ainsi, s'il n'est pas encore temps pour Victor de passer dans le monde des morts, la Défunte Mariée devra quant à elle saisir l'occasion de se confronter à celui qui l'a laissée pour morte pour pouvoir être en paix.

Auteure :Marie Guyot
Tous nos contenus sur "Les Noces funèbres " Toutes les critiques de "Marie Guyot"

ça peut vous interesser

Waiting For The Barbarians : Le calme avant la tempête

Rédaction

Miss : Vous voterez pour elle !

Rédaction

Enola Holmes : Audacieuse

Rédaction