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Les petits mouchoirs : Belle brochette !

Au sujet de son dernier film, "Les Petits Mouchoirs", Guillaume Canet explique avec simplicité qu'il a voulu faire un film subjectif - voire autobiographique à certains moments - qui parle d'événements et de personnes qui l'ont touchés dans sa propre existence.

Un « film de potes » donc pour reprendre les termes de ce réalisateur au look bobo et sympa qui, baskets aux pieds, vient faire la promotion de son film avec des arguments et du sérieux, tout en s'adressant à son public comme si vous buviez un verre en sa compagnie à la terrasse d'un café.

"Les Petits Mouchoirs", sans être un chef d'œuvre, a le mérite d'associer amitié et cinéma et se déguste sans modération… Il s'agit d'un film chorale, qui dresse, en mosaïque, la vie d'un groupe d'amis qui ne se quitte pas depuis les années lycées.

Le projet tenait particulièrement à cœur au réalisateur qui se dit aujourd'hui « fier » de son « bébé ». Pour lui l'investissement fut personnel autant qu'artistique et financier. Canet n'a pas hésité à travailler avec ses vrais amis (on retrouve une pléiade réjouissante d'acteurs français qui prennent visiblement un grand plaisir à jouer).

Il en ressort un bon moment de cinéma plein de rire et d'émotion qui concorde très bien avec la personnalité de l'auteur : un film sensible, touchant voire profond à certains moments (Seul petit bémol : le basculement dans un pathos parfois trop prononcé lors de certaines scènes).

Avec sincérité et tact, le film se fait le reflet de ces jeunes adultes modernes dont la vie oscille entre immaturité de l'adolescence, actes de bravoure et perspective de la mort et du vieillissement. Certes, le côté « bobo » des personnages présentés ici ne permettra peut-être pas à tous les spectateurs de s'identifier au récit.

Pourtant, dans la lignée du film "Le premier jour du reste de ta vie" de Rémy Bezançon, on retrouve ici des tranches de vie dans lesquels l'on peut à un moment ou un autre se retrouver. Des personnages qui peuvent apparaître fragiles mais témoignent sans cesse d'une sincérité hors du commun. Sans explication lourde ni démonstration, le réalisateur fait comprendre par les dialogues et le jeu des acteurs, les personnalités des uns et des autres.

Marchant sur les traces d'un Cassavetes, Canet ne lâche pas d'une semelle ses amis acteurs et pose un regard de tendresse sur chacun d'eux. La caméra les suit, les filme souvent en gros plan, ignorant le décor ou l'arrière plan, comme si elle voulait plonger à l'intérieur de l'esprit des personnages à la recherche d'une vérité.

Derrière la façade du « tout va bien », il y a les masques dont chacun se revêt de peur de trop exprimer la difficulté de vivre ou d'être soi-même. Les peurs et les fragilités sont comme catalysées autour du personnage joué par Jean Dujardin à qui le film offre un beau plan séquence de départ, prologue qui posera le fondement et l'aboutissement du film.

Lorsque le groupe partage des moments d'harmonie et de bonheur au bord de la mer, Canet utilise des plans plus aériens, qui permettent au spectateur de respirer et donne au film une tonalité de légèreté et d'insouciance.

Guillaume Canet confirme avec ce film qu'il est un cinéaste talentueux. Il a su donner à son film une unité de style remarquable : la manière de filmer a été pensée et travaillée au service d'un scénario qui , tout autant, rassemble de manière presque magique tous ces petits bouts d'existence et de rencontres qui pouvaient apparaître au début éclatés et dispersés.

Le personnage central de Jean-Louis donne corps à cet ensemble hétéroclite. C'est lui qui fait prendre conscience au groupe de sa solidarité et de ses responsabilités. C'est aussi lui qui donne au film une profondeur humaine, presque spirituelle, en révélant à chacun qui il est vraiment, sans carapace et sans masque.

Des hommes et des femmes qui en fin de compte, cherchent à vivre en accord avec leur désir et se heurtent à la difficulté d'être heureux…

Auteur :Pierre Vaccaro
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