12 novembre 2019
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Les petits mouchoirs : Consternant !

Quoi qu'on pense des films de Guillaume Canet, ils faut bien reconnaître que "Mon idole" et "Ne le dis à personne" étaient traversés de part en part par un désir de sortir du lot en trouvant un ton, un style, une mise en scène rarement vus dans le cinéma populaire français.

Et quand le réalisateur, apprécié du grand public et courtisé par l'Amérique, s'attaque au film de groupe façon Claude Sautet et fait appel à une dizaine de comédiens renommés, on espère naïvement une vraie et franche réussite, qui fédère, fait rire et chavire.

Ce rêve d'un film qualité France capable de tenir la dragée haute aux équivalents américains, Canet passe hélas 2 heures 25 à le piétiner. Pour la première fois seul au scénario, il se montre bien incapable de donner de l'épaisseur à ses personnages, et livre un film grossier, vulgaire, qui prend nos sentiments en otage et a recours à des artifices honteusement éculés pour faire rire. Un plantage en règle, abominable et interminable.

Dans "Les Petits Mouchoirs", les personnages sont réduits à un demi trait de caractère, ce qui est évidemment trop peu pour conduire leur histoire personnelle sur une durée aussi longue. Antoine (Laurent Lafitte) est le pote largué par l'amour de sa vie et qui emmerde le monde à chaque signe qu'il reçoit d'elle ; Max (François Cluzet) est un riche obsessionnel qui aime faire étalage de sa réussite ; de cette manière, on pourrait réduire chacun à une poignée de mots, exercice d'autant plus simple que Canet surexploite chaque caractéristique en la rabâchant au gré d'une demi-douzaine de scènes.

On finit rapidement par détester ces personnages-là, que rien ne semble devoir rendre sympathiques. Et puis il y a Ludo, joué par un Jean Dujardin forcément en retrait : le fêtard de la bande atterrit à l'hosto dès le générique du début, et sa très pénible convalescence - corps détruit, visage à reconstruire - est l'occasion pour Canet de signer un traité sur la vie qu'il faut vivre avant qu'elle ne s'arrête, l'amitié qu'il faut entretenir tant que c'est encore possible, l'égoïsme qui est un vilain crabe dévastateur, le mensonge que c'est vraiment trop mal...

Cette succession de leçons de vie pataudes, naïves et schématiques a de quoi rendre furax : que ces gens décident de partir en vacances malgré l'accident de leur pote, pourquoi pas ; qu'on nous crache leur culpabilité en pleine poire, non.

Sur le plan émotionnel, "Les Petits Mouchoirs" ne reculera de toute façon devant rien, nous mettant le flingue sur la tempe comme pour nous dire que si on ne pleure pas, c'est qu'on n'a pas vécu ce genre de situations, et donc qu'on ne peut pas comprendre. Ça donne légèrement envie de gerber.

Le plus incroyable, c'est que certaines des tentatives de Canet de faire marrer l'auditoire sont tout aussi nauséabondes. La pire storyline concerne le duo Magimel - Cluzet, le premier avouant à l'autre qu'il est sans doute tombé amoureux de lui... mais qu'il n'est pas pédé, ça serait trop la honte.

De ce point de départ, le film tire une poignée de séquences absolument honteuses, certaines atteignant un niveau comique de cour de récréation - jeux de mots sur le fait d'aller « se faire enculer », personnage finissant cul nu devant l'autre - quand d'autres atteignent tout simplement des sommets dans la description hétéro-beauf de ce que peut donner l'attirance d'un homme pour un autre.

Voir une partie du public se taper sur les cuisses en voyant un réalisateur faire rire grassement avec ce genre de sujet donne une idée du chemin restant à parcourir pour lutter contre l'homophobie et les préjugés qui l'accompagnent.

Le film n'en est que plus antipathique, d'autant qu'il ne parvient même pas à se rendre attachant, y compris dans les fameuses et inévitables scènes de dîner entre amis, avec séquences musicales pleines de rires pour enrober le tout.

Trop de musique, trop de rires forcés et une mise en scène exécrable - cadrages étranges, montage poussif - rendent une nouvelle fois "Les Petits Mouchoirs" complètement indigeste, malgré des acteurs qui font ce qu'ils peuvent. Leurs prestations ne sont ni bonnes ni mauvaises, juste parfaitement communes, sur un mode binaire « tu pleures / tu ris » assez déplorable.

Bien trop long pour raconter aussi peu de choses, pathétique sur quasiment tous les plans, le troisième film de Guillaume Canet marque un sacré coup d'arrêt pour celui qu'on aurait bien imaginé comme un chef de meute des réalisateurs français désireux de faire concurrence aux pays spécialistes du divertissement haut de gamme, mais qui a sans doute voulu tout faire tout seul, trop vite, en se planquant derrière une histoire évidemment triste pour se protéger des critiques.

Auteur :Thomas Messias
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