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Les Poupées Russes : Manque d’exigence

Dans "Les Poupées Russes", Xavier est paumé. Paumé dans sa petite poche. De retour de Barcelone depuis quelques années maintenant, il partage sa vie entre son ex, sa meilleure amie lesbienne, l'écriture frustrante de soaps insipides et ce qu'il reste de sa famille. Et Xavier, malgré tout, tourne en rond. Tel un lion dans sa cage. Rien n'y fait ; même ces jolies jeunes femmes qu'il attire dans son lit à un rythme effréné finissent par l'ennuyer. On est donc proche de la caricature du jeune adulte cool branchouille, qui se regarde jouir de son image de génie blasé et étouffé dans un monde qui ne lui correspond pas. Seulement voilà, Xavier est différent (ou fait mine de l'être, auquel cas il serait vraiment vicieux l'animal). Xavier a besoin d'espace, de liberté, de voyages. D'où ces multiples représentations du déplacement : à pied, en vespa, en bus, en bateau ou en train (fil rouge du film), il s'étourdit et tente en vain de trouver une voie, une route qui le mènerait dans un autre univers, dans une autre dimension qui lui permettrait de se réaliser. Pleinement.

La suite des "Poupées Russes" laisse donc place à ce long cheminement à la fois intérieur et à travers l'Europe, qui après moults remous, malversations, disputes et machinations toutes aussi futiles les unes que les autres s'achèvera plus de deux heures plus tard en Russie, lors du mariage de William, un jeune Anglais rencontré dans ladite auberge espagnole, avec une somptueuse Russe nommée Natacha. La trame de base n'est donc pas bien trépidante, voire banale et surtout ultra-prévisible. Klapisch semble en être conscient, et prend le parti-pris discutable d'une mise en scène légère et fantaisiste, alternant voix-over, flashes-back, effets de montage clipesques et apartés oniriques à la Roger Avary aux commandes des "Lois de l'attraction".

La similitude formelle (visant à masquer un vide scénaristique ?) entre ces deux oeuvres reste d'ailleurs à creuser. La question primordiale portera donc encore une fois sur l'éternel débat fond/forme. Le parti-pris de Klapisch entre-t-il dans une certaine logique cinématographique, ou n'est-il que vide créant l'illusion d'une potentielle consistance ? Participe-t-il d'une ambiance en total accord avec la trame narrative des "Poupées Russes", ou ne vise-t-il qu'à instaurer une légèreté de ton malhonnête propice au confort du spectateur ? Le débat est donc ouvert quant à la cohérence du film.

Alors, peut-on dénigrer une oeuvre bancale qui cède à la facilité formelle, mais qui fait néanmoins preuve d'un certain sens de l'humour, plaisante, fine, et surtout sincère ? C'est un "moindre mal" dira-t-on, l'emploi excessif du logiciel de montage et de ses fonctions new wave au nom d'une mise en scène dissimulant les aspérités et défauts d'un scénario souvent bâtard. Le dilemme, l'opposition ancestrale et récurrente du coeur et de la raison se fait encore sentir et, selon le camp choisi, on pourra reprocher à Klapisch d'avoir bâclé la cohérence globale d'une oeuvre qu'on aurait aimé adorer ; et qui, c'est d'autant plus dommage, était servie par une troupe d'acteurs de très haute qualité.

En somme, "Les Poupées Russes" est un film malheureusement mineur. Pertinent par instants, mais en aucun cas porteur d'un sens, d'une exigence, ou d'une réflexion cinématographique.

Auteur :Axel Cadieux
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