31 octobre 2020
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Les Promesses de l’Ombre de David Cronenberg: La critique

De Viggo, de David, de la Violence et du cinéma...

Laissez moi ici, une fois n'est pas coutume, utiliser quelques mots radicaux pour vous raconter mon expérience cinématographique de ce soir, et par là même emprunter à Christophe Dordain, le rédacteur en chef du Quotidien du Cinéma, une de ses expressions favorites : « Putain ! Que c'est booooooon ! »

Las, laissons ici la trivialité du propos à prendre au troisième degré, que je vous raconte mon équipée. Tout d'abord je me suis installée confortablement dans une salle, bondée, hourra, les cinéphiles existent encore. Et puis je me suis laissée porter. Pour n'émerger qu'1h40 plus tard, dans un état de transe cinématographique. Et ceux qui me connaissent savent que je pèse mes mots. Que ceux qui ne me connaissent pas demandent à ceux qui me connaissent...

Il y a la scène d'ouverture. Dans un Londres des bas fonds, sombre, glauque, et sous la pluie comme il se doit un homme se fait coiffer au rasoir. Il faut se méfier des barbiers, si vous ne le savez pas encore révisez vos classiques, l'homme finit égorgé par le neveu du dit coiffeur, dans une scène gore et grotesque. Le mélange vous intrigue ? Vous n'êtes pas au début de vos interrogations. Juste après il y a cette jeune fille, pieds nus dans la ville, visiblement épuisée, malade, qui s'écroule dans un magasin avant d'accoucher et de rendre son dernier souffle.

Arrivent alors les « héros » de cette histoire de fous, de mafia et de mort: une sage-femme, pas franchement nette, qui se retrouve avec un bébé sur les bras et le journal intime de la jeune femme morte. Et un chauffeur gueule d'ange et regard de tueur qu'on devine plus dangereux qu'on ne le voit. En personne : Naomi Watts et Viggo Mortensen.

Vous ai-je dit tout le bien que je pensais de Viggo Mortensen ? Capable de se mettre dans la peau de ses personnages avec tellement de grâce qu'on s'inquiète pour sa santé mentale, alter-ego parfait de Cronenberg, aussi cinglé que lui, aussi bon que lui. Mortensen, aussi crédible en prince rôdeur amoureux d'une elfe qu'en homme de main russe. Que dire si ce n'est qu'il est au delà des mots, parfait, dans ses scènes physiques comme dans celles ou tout passe d'un regard, d'un geste...

Face à lui Naomi Watts promène sa fragilité apparente avec un aplomb déroutant. Elle irradie de beauté, de fragilité, et de détermination. Complétons le trio avec un Vincent Cassel très bon, impeccable même en fils « fin de lignée » du parrain mafieux du coin.

On aurait même pu craindre qu'il ne parte dans son délire, mais ce serait oublier que derrière la caméra, tenant la baguette du chef d'orchestre, il y a David Cronenberg. Là encore, que dire ? Il faut tout voir. Voir à quel point la réalisation tient du travail d'orfèvre, à quel point la lumière est façonnée, les scènes sublimées, à quel point le maître a l'apparente facilité du cadre, celle qui n'est qu'apparente.

Les plans sont tout simplement magnifiques. Qu'ils soient hyper réalistes ou que la lumière transforme les personnages et les décors (quoique Londres soit aussi un personnage à part entière), en une imagerie à la limite du « Sin City » et autres comics du même acabit. Sublimée la réalité de la violence même, de cette descente aux enfers en apparaît presque plus effroyable, autant que plus esthétique, sensuelle même. Sublime !

Et... cerise sur le gâteau... Ai-je mentionné que le film est signé David Cronenberg ? Ce qui va suivre, vous vous y attendiez donc, au vu de la filmographie de l'homme : "Les Promesses de l'Ombre" est un film bourré d'humour. Noir certes, et un peu violent parfois, mais bien présent. Et, là encore, c'est en majorité sur Viggo Mortensen qu'il repose, lui qui balade son sourire en coin de scène en scène, en costard cintré, gravure de mode dont le brushing impeccablement gominé ne bouge pas, si ce n'est quand il retrouve un peu d'humanité, face à la peur, la mort et l'amour... C'est drôle, c'est cynique c'est glacé. De cette glace qui fait froid dans le dos longtemps après la projection.

Que dire de plus si ce n'est qu'il faut voir "Les Promesses de l'Ombre", vite, parce que là réside le plaisir du cinéma, du vrai, de celui qui fait exister, réfléchir parfois, et qui vous happe pour ne plus vous lâcher... Dois-je vraiment le répéter ?

Allez-y ! Simplement, purement, parce que c'est TROP BON pour manquer ça une seconde de plus !
Auteure :Fadette Drouard
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