31 octobre 2020
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Les Promesses de l’Ombre : La critique du film

David Cronenberg a démenti faire un "History of  Violence" bis. Certes, mais les séquences d'ultra violence restent là, et surviennent sans prévenir. L'ambivalence entre le violent et l'humain est là, selon un développement contraire à son ‘‘History of…''.

L'auteur de "Crash" œuvre une nouvelle fois dans une chronique sur la violence. Le poids de l'âge et l'expérience enfin trouvée lui ont donné les armes pour donner aux  spectateurs des échappatoires plus humains Que de chemin parcouru depuis ‘‘La Mouche''.

Viggo Mortensen reste le fil rouge entre ‘‘A History of Violence'' et ‘Les Promesses de l'Ombre''. Une sorte de lien ultime, un personnage auquel s'attacher de la même façon qu'on s'était attaché à son rôle de l'amnésique violent. Ici, le violent se découvre un soupçon d'humanité.

Tout fonctionne en sens inverse. Une même équation féminine : Naomi Watts remplace Maria Bello. Sublime !  Dans ce film il y en a pour tous les goûts. Le gore d'un combat en one to two –1 vs 2-; la bravoure dramaturgique de Naomi Watts, soucieuse d'offrir un devenir à un nouveau-né orphelin ; le portrait d'une pègre russe implantée à Londres ; la performance anglicisée de Vincent Cassel ; le double visage de Viggo Mortensen ; de l'humour bien que sordide.

David Cronenberg est désormais un cinéaste totalement atypique. Il filme la violence, et la met en scène avec une légèreté qui pourrait déconcerter un mort. En même temps qu'elle déconcerterait n'importe quel jeune réalisateur spécialisé dans son style. Le maître, en quelque mot, de la violence non gratuite. Sam Peckinpah a sans doute trouvé son successeur.

La violence ayant valeur de justice. Justice des hommes. La bestialité débarquant lorsque le jour J et l'heure H l'exigent. Cronenberg a énormément mûri depuis son premier film. Il fait désormais des chroniques sur la violence,  alors qu'il retranscrivait la violence en un état pur, dénuée de causalité. De la chronique, avec tout ce qu'impose le style : rigueur du temps qui s'écoule, point de non retour,  exacerbation de la temporalité au profit des urgences du présent, transcendance de l'intemporalité. Cela paraît compliqué, dit comme ça, je l'admets.

Explications « J'ai voulu brosser un portait de famille, et non m'attacher à ne filmer que les aspects criminels de cette pègre russe implantée à Londres. Ce que j'ai fait se résume à étudier les dynamiques de cette famille. En montrant notamment qu'être homosexuel, le rôle tenu par Vincent Cassel, était très mal perçu du parrain » explique David Cronenberg.

Portrait d'une mafia russe londonienne, donc, à l'heure de sa chute. Surtout lorsque l'on sait le véritable rôle tenu par Mortensen. Des dynamiques mises en valeur par David Cronenberg, la plupart restent vacillantes. Il a instauré un climat décalé dans son œuvre, qui sont naturellement impropres à filmer le sérieux.

Toute la filmographie mafieuse joue sur le sérieux et le grave, dans sa mise en scène. Cronenberg en prend le contre-pied. Humour sordide par exemple. De bon aloi lorsque Mortensen se charge de ‘‘nettoyer'' le cadavre d'un mafieux assassiné, écrasant sa clope sur la langue, pour ensuite mieux découper chacun des doigts du macchabée. Cronenberg nous passant le comble du ‘‘nettoyage'' : l'arrachage des dents.

L'humour assez anglo-saxon aussi, lorsque Naomi Watts est questionnée sur son combat pour la reconnaissance du nouveau-né. Un père qui se dit être un ancien du KGB, par exemple, et qui donc s'estime omniscient quant à tenir la dragée haute à cette pègre qui veut dérober le manuscrit écrit par la jeune mère morte en couche. Une mère-poule qui permet l'humour de ce personnage, via ses interventions. Entre les deux une Naomi Watts qui cherche vers quel bord se tourner, mais qui reste très secrète.

Le problème majeur de Cronenberg reste son incapacité à achever ses œuvres. Ses dénouements finals le décrédibilisaient à ses débuts, ils sanctionnent désormais ses films les plus récents. Un grand cinéaste se doit de maîtriser son sujet et la matière de son œuvre de bout en bout.

Cronenberg ne serait pas, à fortiori, ce fameux cinéaste du violent qu'on voudrait nous faire croire. Il lui manquerait certaines étincelles, à chaque fin de film, pour véritablement faire passer ses œuvres même les plus récentes, du stade de chroniques sur la violence au chef d'œuvre.

La fin de ‘‘A History of Violence'' était trop américanisée, du genre le héros invincible qui retrouve son invulnérabilité pour de bon. Cronenberg prend de court encore une fois le spectateur, en lui servant une fin insipide. Une véritable queue de poisson. 

Dans l'ensemble, ce film reste trop superficiel sur les rapports humains, on sent assez souvent le pouvoir superficiel de la mise en scène. Mettre en scène étant ça de moins de concédé à l'authenticité des personnages, des rôles. Mais, surtout, le très gros problème reste ce dénouement final : désastreux !

Il reste à David Cronenberg de savoir maîtriser son sujet de bout en bout. Le stade ultime du ‘‘cinéaste-auteur de la violence'' serait alors passé pour de bon !
Auteur :Frédéric Coulon
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