16 juillet 2019
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Les Randonneurs à Saint-Tropez : Fuyez leur randonnée !

Avaant d'évoquer "Les Randonneurs à Saint Tropez", une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de moi. Enfin, rassurez-vous, pas tout à fait ! Mais parfois dur, très dur est le métier de critique. Pour ma part, je ne suis que modestement petite cinéphile amateur, à qui on a donné le droit de dispenser ponctuellement son avis sur les films qu'elle pouvait voir. Soit. Quoi qu'il en soit, je partage en dilettante la vie (mais j'assume) de ces professionnels (réalisateurs et acteurs mauvais refoulés parfois, de ces petits frustrés ou fans et heureusement les vrais amateurs de cinéma, majoritaires bien sur….) qui osent encenser ou descendre le travail d'autres. Ce petit jeu me fait me lever tôt, car les projections presses sont programmées à 8h 30. Lorsque le film visionné est magnifique, c'est génial : une grande journée commence ! Lorsqu'il est mauvais, voire catastrophique, on se dit qu'on aurait mieux fait de rester couché !

Le critique est un drôle de spécimen. Il a parfois des pressentiments. Il sent le mauvais film, la daube, le truc ni fait ni à faire. Pour cela, il a des trucs : le film est une suite, les acteurs se sont fait porter pâle pour la promotion, le titre est ridicule et stupide, l'affiche est du même acabit, le film est vendu comme une comédie franchouillarde, une de ses bonnes comédies françaises ! Vous objecterez, avec raison, que j'ai le luxe moi de pouvoir échapper à ce genre de film. C'est vrai. Le plus souvent. Mais, parfois, comme on dit, il faut bien se dévouer. Et c'est ce que j'ai fait.

Ce matin. Là, je suis fatiguée. Pourtant, c'était un film sur les vacances. Un film français sur les vacances. Une comédie française sur les vacances. Une comédie à Saint Tropez. La suite d'une autre comédie française. Bref, ce matin, ce n'est plus du dévouement : c'est le service humanitaire de la critique, la bataille héroïque ! J'ai affronté "Les Randonneurs à St Tropez". Bon, normalement, en bon conteur d'histoire, on ménage le suspense, on oblige le lecteur à nous lire jusqu'au bout, on le prend par la main pour qu'il nous suive dans nos réflexions, nos divagations. Mais, là, non. Vous qui aimez rire, vous amusez, voir de la qualité, des acteurs mis en valeur, entendre un musique originale qui deviendra culte, vous qui aimez les belles images, vous qui aimez le cinéma : je vous présente le type même de film que vous n'irez pas voir (On se demande d'ailleurs qui peut bien avoir enviE d'aller voir ça). C'est médiocre !

De l'idée originale ("Les Randonneurs" datant de 1997), il ne reste strictement rien. Ne vous sera conté ici que l'histoire potache de vacances à St Tropez de quatre copains issus de classe moyenne, propulsés dans la Jet Set tropézienne, avec ses magouilleurs (Poelvoorde), ses hommes riches en manque de femmes, ses gros bateaux et bien sur ses fêtes mémorables. Bref, rien de nouveau sous le soleil (humour !). C'est ennuyeux au possible. Idéale pour une bonne sieste au chaud. C'est débile. Tout est archi vu. Toutes les idées (même si le terme est ici largement exagéré) sont éculées. Passons sur le scénario (c'est sur : celui qui a pondu ça n'a pas du avoir mal à la tête). De comédie, ça n'a que le nom. Même si je concède avoir le rire difficile, je n'ai pas même souri. Non. Pas une fois. Ce film est lourd, gras, sans saveur. Je me suis juste dit que le temps était relatif et qu'Einstein avait bien raison. Une minute d'un film comme celui-là a le goût d'une éternité et une minute devant un Spielberg, Eastwood, Scorcese, Chabrol, Haneke, Coppola, De Palma. Bon. ok, ils ne font pas des comédies. Bon alors, Oury, De Broca, Chatilliez (le truc culte quoi !)Leconte (les bons, pas les Bronzés 3), valaient à peine une seconde.

Que dire des acteurs ? Pourquoi franchement ont-ils re-signé pour ça ? Que certains d'entre eux n'aient jamais connu une grande carrière, passe encore, il faut bien manger. Mais les autres. Enfin. Puf…. Pour résumer, Vincent Elbaz est exaspérant en faux beau débrouillard; Karine Viard nous ressert son rôle de femme frustrée qui se réveille pour vivre en libertine; Poelvoorde son mec sympa à qui tout a réussi. Je reste consternée par cette ineptie. En ma qualité de défendeuse du cinéma français en général au sein des critiques et plus précisément au sein de l'équipe du Quotidien du Cinéma, je trouve mon rôle parfois très difficile à tenir. Vous me direz, les américains ont aussi leurs poubelles. Certes, mais ce type de défense, genre l'autre ne fait pas mieux, ne me semble pas valoir grand-chose !

Je vous fais grâce de la chanson digne des mauvaises années de l'Eurovision. Pardon, pire. L'Eurovision ne mérite pas ça. Je ne vous invite qu'à une seule chose, enfin deux, passer votre chemin et ne pas aller marcher avec ses randonneurs là et encore moins à St. Tropez !
Auteure :Magali Contrafatto
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