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Les Rivières Pourpres 2 : Et au milieu coule le mercantilisme

"Les Rivières Pourpres 2" est né de l'envie du producteur Alain Goldman de faire des « Rivières Pourpres » une trilogie. On ne peut donc qu'être méfiant à l'égard de ce deuxième opus. Surtout quand on sait que le scénario est signé Luc Besson. Pourquoi ? Parce que l'écrivain, Jean-Christophe Grangé, était en panne d'inspiration. Il ne parvenait pas à écrire une suite à son roman. Le mot d'ordre de cette suite, dont les personnages et les acteurs (à part Jean Reno qui reprend son rôle du commissaire Niemans) sont tous différents, semble avoir été : plus d'action et plus de spectacle.

Cette fois-ci, le commissaire Niemans doit comprendre la signification de symboles ésotériques obscurs. Le tout pour résoudre des meurtres mystérieux auréolés de la menace latente des Anges de l'Apocalypse. Qui plu est pour sauver, s'il en est encore temps, les futures victimes. Sur cette affaire peu ordinaire, le hasard va l'amener à faire équipe avec le capitaine Reda. Ce dernier est l'un de ses anciens élèves à l'école de police. Il bénéficie également de l'aide de Marie. Elle est une jeune érudite. Docteur en théologie et en ésotérisme.

L'idée de départ était pour le moins séduisante. Mais, malheureusement, ce qui transparaît au final à l'écran, est du registre du produit formaté. Un beau gâchis qui n'a pourtant rien de bien étonnant dans la mesure où "Les Rivières Pourpres 2" est un film commandé, et écrit par un scénariste qui a définitivement basculé du côté marketing du cinéma. Besson a voulu créer une ambiance très évocatrice d'un climat apocalyptique. De ce côté-là, on peut dire qu'il a traité de manière habile la photographie et les images. En jouant sur le contraste extrême entre la couleur de braise des crimes, symbole du feu de l'Enfer, et l'obscurité des lieux (commissariat, monastère et souterrain), il nous emmène dans un univers glauque dont chaque cm² de paroi suinte un Mal sans nom…

Mais voilà, Luc Besson est bien décidé à nous en mettre plein la vue. C'est là que ça commence à coincer. L'atmosphère, une fois installée, Besson et son complice Dahan sortent l'artillerie lourde. Le metteur en scène torture ses images en abusant d'une caméra frénétique qui finit par nous flanquer une migraine oculaire. Il nous sort aussi un feu d'artifice d'effets spéciaux, de cascades et de poursuites qui sont un peu la routine pour lui désormais…

Comment ne pas penser à un vulgaire mixage des "Taxi" et de "Yamakasi" en voyant ces moines en soutane cagoulés (dont on voudrait nous faire croire qu'ils n'ont pas de visage !) ? Des acrobates hyper-agiles et dotés d'une force démentielle. Cette dernière qui les rend invincibles aux coups et aux balles du pauvre capitaine Reda ? En plus de nous servir du réchauffé, Luc Besson, producteur, surfant sur la vague asiatique, ne se gêne pas pour piller le cinéma de Hong-Kong. Un pillage barbare puisqu'il le dénature pour n'utiliser que ce qui fera recette. Même du côté de l'humour, Luc Besson est tombé dans la facilité en calquant le style des répliques sur celui de "Taxi".

C'est vraiment dommage ! Car Jean Reno et Benoît Magimel ne méritaient pas un tel sabotage. Malgré l'énergie qu'ils déploient, ils ne peuvent pas effacer le scénario pâlichon et le matraquage de clichés. Par contre, à leurs côtés, Camille Natta n'est guère convaincante dans le rôle de l'érudite en ésotérisme. Elle fait plutôt figure de potiche marchant dans les pas de Niemans et Reda. La touche féminine de l'équipe est d'une superficialité navrante !

Empruntant aux superproductions, au gothique, au film d'action et au polar, "Les Rivières Pourpres 2" est du vulgaire recyclage, un produit calibré sans fond : le scénario est si plat que les coutures de ce thriller finissent par craquer. Le suspense est complètement éventé, l'intrigue s'enlise dans une résolution peu surprenante et expédiée : Luc Besson a préféré faire de l'esbroufe et se reposer sur des artifices qui sont des valeurs sûres en matière de rentrée d'argent au lieu de se donner la peine d'exploiter davantage l'idée des pseudo-apôtres et de construire une véritable histoire autour des moines mystérieux et des Anges de l'Apocalypse.

Visiblement pressé d'en finir, et visant systématiquement au plus bas et à la rentabilité, Besson passe complètement à côté de son sujet. Avec cette intrigue digne d'un policier du jeudi soir, on peut se dire que "Les Rivières Pourpres 2" aurait certainement fait un bon épisode de série télévisée. Toutefois, voilà qui ne méritait peut-être pas d'être porté sur grand écran. Bref, un thriller bâtard qui lorgne du côté de la série B. comme Besson !

Auteure :Nathalie Debavelaere
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