15 décembre 2019
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Les Sentiers de la Perdition : Empruntez-les !

On ne compte plus les films sur la mafia et les gangsters, sujet qui a inspiré de nombreux réalisateurs, et pas des moindres (Francis Ford Coppola avec "Le Parrain" pour n'en citer qu'un).

Mais, rien que parce que Sam Mendes a réuni, pour son deuxième film, deux « monstres » du cinéma, on n'a qu'une envie : courir sur "Les Sentiers De La Perdition". Et c'est un pur bonheur ! Dès les premières minutes, on plonge avec délectation au cœur du Chicago des années 30.

Il faut bien reconnaître que Paul Newman et Tom Hanks ne sont pas étrangers à l'intensité dramatique de ce thriller dont on pressent la noirceur dès l'ouverture. Ils sont tout entiers à leurs personnages, faisant de l'amour filial une valeur intrinsèque dont la force égale la fragilité.

Tueur à gages qui « fait du bon boulot », Mike Sullivan est respecté dans le milieu mais jalousé par Connor Rooney, le fils légitime de John : son père ne lui témoigne ni la même attention ni la même affection.

La scène où John Rooney et Mike Sullivan jouent un duo au piano en parfaite harmonie et sans un mot manifeste implicitement la force des liens qui les unissent. Cet amour filial entre les deux hommes, trahi par de multiples gestes anodins, Connor en est conscient, et son aversion pour Mike n'en est que plus forte.

Lors d'une sombre affaire dont ils sont les exécutants, l'apparente « politesse » dont ils ont fait preuve jusqu'à présent vole en éclats. Le mécanisme irréversible d'un destin fatal est en marche. Aveuglé par la haine, Connor commet l'irréparable : il tue la femme de Mike et Peter, son plus jeune fils. Mais les liens familiaux et les règles qui régissent le monde de la mafia ne sont pas toujours simples.

Pour Mike et Michael, son fils aîné, commence alors une cavale éperdue sur les routes, un photographe-tueur avide de clichés morbides sur leurs talons.

L'apparente dureté avec laquelle Mike traite son fils se transformera-t-elle en amour paternel visible, en partage sur la route de la vengeance contre l'homme qui leur a arraché leur famille ? Pourront-ils un jour retrouver le sentier de la tranquillité ?

Mike ne craint rien ni personne ; sa seule peur est de voir son fils éprouver une admiration sans bornes pour son père, car cette admiration pourrait l'entraîner sur le « sentier de la perdition » rien que pour devenir comme son père.

Quant à John Rooney, il se voit forcé de choisir entre son fils légitime, dont les actions sont plus que répréhensibles, et Mike, le fils qu'il aurait tant voulu avoir et qu'il est en train de perdre à jamais.

"Les Sentiers De La Perdition" n'est pas un film sur la mafia mais sur les relations filiales au sein de la mafia : c'est une histoire d'hommes, tout simplement.

"Les Sentiers De La Perdition" est porté par Paul Newman, dont le charisme est celui d'un « Grand Monsieur du cinéma », et par Tom Hanks, dont l'interprétation bouleversante (et excellente comme d'habitude) force le respect. La complicité entre eux est l'évidence même et se ressent dans le film. Il faut noter aussi au passage la présence de Jude Law, méconnaissable en photographe-tueur, et tout simplement époustouflant.

Certains s'obstineront peut-être à penser que c'est du « déjà vu », mais alors c'est qu'ils se seront attachés aux décors, aux lieux remplis de détails propres au monde de la mafia au lieu de faire appel à leur sensibilité pour se laisser happer par ce drame familial, par cette histoire où les relations humaines provoquent une terrible sensation d'asphyxie : le destin d'hommes se déroulent sous nos yeux, destin dont nous, spectateurs, savons aussi bien que les personnages eux-mêmes que l'issue sera fatale.

"Les Sentiers De La Perdition" exalte les relations père-fils à travers des scènes réellement magnifiques : l'apprentissage de la conduite pour Michael engendre des scènes de « braquage » mémorables et drôles ; l'ultime face-à-face sous une pluie imprégnée de la lumière blafarde des réverbères entre John Rooney et son « fils de cœur », Mike Sullivan est bouleversant de vengeance, de soulagement et d'amour mêlés.

"Les Sentiers De La Perdition" montre que, contrairement aux apparences, dans un milieu impitoyable comme la mafia où il n'y a que peu de place pour les sentiments, les hommes restent avant tout des hommes avec leurs forces et leurs failles, failles provoquées par ces liens d'affection qui se tissent de manière invisible entre les êtres.

Pas un instant vous ne regretterez d'avoir emprunter « les sentiers de la perdition ».


Auteure :Nathalie Debavelaere
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