21 octobre 2019
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Les Sévices de Dracula : Les Jumelles du Diable

« Les Sévices de Dracula », tel qu'il est connu chez nous, n'a rien à voir avec le « Dracula » de Bram Stoker, mais est le troisième film de la Hammer à se réclamer du roman de Sheridan Le Fanu, « Carmilla ».

« Les Sévices de Dracula », dont l'action se déroule visiblement plus d'un siècle avant « The Vampire Lovers » (adaptation relativement fidèle du roman d'origine, et surtout belle réussite de Roy Ward Baker) et « Lust for a Vampire » (la suite moins glorieuse, réalisée par Jimmy Sangster), ne comporte que peu de ressemblances avec « Carmilla », le personnage lui-même ne fait d'ailleurs qu'une brève apparition (sous les traits de Katya Wyeth) pour initier son descendant aux rites vampiriques. C'est dans l'association du mythe du vampire à la sorcellerie que le film trouve son postulat le plus intéressant, offrant à Peter Cushing un rôle sur mesure de fanatique religieux.

« Les Sévices de Dracula » joue habilement avec les personnalités opposées des jumelles du titre, l'une, Frieda est attirée par le conte Karnstein et devient une vampire séductrice, tandis que l'autre, Maria s'éprend d'un séduisant jeune professeur, Anton. Alors que Gustav acquiert la certitude que Frieda a succombé au vampire, il la fait capturer par la confrérie. Karnstein kidnappe alors Maria et l'enferme dans la geôle de la confrérie à la place de Frieda. Lorsque Maria est finalement conduite au bûcher à la place de sa sœur, seul Anton sait que Gustav fait erreur, mais impossible de stopper celui qui s'est auto-proclamé inquisiteur.

Aux commandes de ce superbe film au scénario plus complexe qu'à l'accoutumé, on retrouve un spécialiste du cinéma fantastique dont c'est la seule réalisation pour le studio Hammer : John Hough. Le futur réalisateur de « La Maison des Damnés » (superbe adaptation du roman de Richard Matheson, « Hell House »), offre un film sans temps mort, qui bénéficie d'une direction artistique superbe, à des lieues au-dessus de « Lust for a Vampire ».

Le casting au sein duquel on retrouve un Peter Cushing magistral compte aussi en la personne de Damien Thomas un conte vampire séducteur qui n'est pas sans évoquer le Baron Meinster des « Maîtresses de Dracula » de Terence Fisher (1960), et surtout les playmates Collinson, véritables jumelles dont le charme juvénile rend leur rôle d'autant plus ambigu.

Beaucoup moins versé que son prédécesseur dans la contemplation du physique de ses actrices, « Les Sévices de Dracula » offre un spectacle gothique superbe, et un divertissement certain. La musique de Harry Robertson est aussi une excellente surprise, tirant vers le western lors des chevauchés de la confrérie dirigée par Gustav/Cushing.

Porté par de bonnes idées, de splendides fulgurances esthétiques et un excellent casting, « Les Sévices de Dracula » est le véritable cœur de la saga Karnstein de la Hammer, qui retrouve son style flamboyant, et mérite amplement d'être (re)découvert.

Auteur :Gabriel Carton

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