28 janvier 2020
Critiques

Les Siffleurs : L’essouflement

Par Victor Van De Kadsye

Tardivement arrivé après sa projection cannoise en Mai dernier, "Les Siffleurs" marque le retour de Corneliu Porumboiu derrière la caméra. Dynamitant les clichés du cinéma roumain, s'éloignant des thérapies familiales de Cristian Mungiu et Cristi Puiu, le réalisateur s'essaie à la déconstruction post-moderniste du film noir. Malheureusement, ces anti-héros sifflants pour être discret font vite souffler le spectateur...

"Les Siffleurs" ramène à un autre film présent dans la compétition officielle de l'année dernière. On pense à la traque nocturne d'un gangster malchanceux dans les bas-fonds esthétisés de Chine dans "Le Lac aux Oies Sauvages" de Diao Yinan. Tout deux partent d'une ligne directrice simple : s'approprier les codes d'un même genre (le film noir) pour essayer de voir comment le percevoir autrement. Chez Diao Yinan, ça s'illustrait par des couleurs vives brûlant une caméra contemplative.Si le scénario était figé dans ses codes, on se surprenait à admirer la virtuosité d'un regard sans cesse inventif.

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Antonio Buíl et Catrinel Marlon - Copyright Vlad Cioplea

Notre film roumain en question, ici, a des débuts similaires au film de Diao Yinan. Un personnage énigmatique, taciturne, rencontre une femme mystérieuse l'embarquant vers l'inconnu. Une série de galères s'en suivra, impliquant corruption dans la police et trahisons foireuses, mais la particularité de ce récit est qu'il émet une idée intéressante sur le papier : communiquer par sifflements pour éviter de se faire repérer.

Une proposition absurde qui fait sourire au départ par le comique d'une telle situation. Cependant, le sourire vire rapidement au rictus narquois d'un réalisateur se contentant d'exposer cette seule idée sans rien en faire. Au lieu de ça, nous nous retrouvons face à une narration de petit malin déconstruisant le récit en switchant de personnages à chaque instant. L'ensemble finit par devenir trop brouillon pour être pleinement convaincu.

Si "Les Siffleurs" ne déplaît pas pour autant, il frustre par son manque d'investissement au concept qu'il tente d'instaurer.


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