21 février 2020
Critiques

Les Traducteurs : Le hacker habite dans le bunker

Par Amandine Letourmy



Après le pétillant et coloré "Populaire", Régis Roinsard se disperse et se perd avec Les Traducteurs, un deuxième film pataud et pompeux.

Sur le papier, "Les Traducteurs" avait pourtant de quoi plaire. Ce whodunit à la française est en effet un drôle d'animal : pour traduire dans le plus grand secret Dedalus, troisième tome d’une série littéraire au succès planétaire, Éric Angstrom, éditeur vénal et immodéré, décide d’enfermer ses traducteurs dans un bunker. Mais lorsque les dix premières pages du roman se retrouvent en libre circulation sur la toile, accompagnées d'une demande de rançon, c’est l’effroi : qui peut bien être à l’origine de la fuite ?


Faire dans l’original, par tous les moyens
Le « pourquoi pas ? » un brin optimiste des débuts vient rapidement se ranger aux côtés d’une certaine réserve, qui se révèle prémonitoire. Ils sont là, les neuf traducteurs, terrés six pieds sous terre dans une prison dorée qui deviendra bientôt le théâtre de rebondissements tous plus invraisemblables les uns que les autres. Ceux-ci oscillent entre la paresse d'écriture (un éditeur qui ne connaît pas l’existence des mails programmés, vraiment ?) et la trop grande volonté d’originalité, qui finit par faire virer l’énigme initiale en revenge movie par on ne sait quel tour de passe-passe.

Oui, les masques vont tomber, et le joli vernis qui laissait envisager un scénario plus conséquent s’écaillera vite. La faute, d’abord, à un traitement bien trop inégal des personnages (et le casting cosmopolite n’y fera rien). Certains ont droit à un traitement de faveur pas forcément justifié, quand d’autres se cantonnent à de maigres répliques. Mais ne nous y méprenons pas, avoir plus de présence à l’écran ne garantit pas une meilleure interprétation : quand Lambert Wilson se perd dans des gesticulations excessives, d’autres savent néanmoins tirer leur épingle du jeu, à l’image de Sidse Babett Knudsen, dans le rôle de l’interprète danoise dépressive. Reste à savoir si cela tient de son interprétation seule ou de sa tirade sur la famille, très politiquement incorrecte.

Les Traducteurs © Mars Film
Dans sa quête de singularité, Régis Roinsard tente de s’extraire du huis-clos, en usant et abusant de flashbacks. Il commet aussi sa plus grosse erreur en gérant difficilement son inverse, le flashforward. En révélant trop tôt les tenants et aboutissants de son récit, en mettant en scène le futur, les révélations successives perdent de leur superbe.

Difficile de ne pas contenir sa déception, quand le réalisateur remodèle maladroitement Le Crime de l’Orient-Express, roman d’Agatha Christie clairement mentionné dans son film. L'inspiration ne fait pas toujours des miracles.

ça peut vous interesser

Maryam Touzani, pour Adam : « Le regard de la société n’a pas changé »

Rédaction

Les Traducteurs : Diaboliquement ingénieux ?

Rédaction

Les Traducteurs : La critique du film

Rédaction