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Les Triplettes de Belleville : La critique

Par Alessandro Di Giuseppe


S'il est un nom que vous devez retenir dans l'univers de l'animation française, c'est bien celui de Sylvain Chomet avec "Les Triplettes de Belleville". Aux antipodes de Disney, cet auteur et dessinateur de B.D. également réalisateur fait partie de cette famille qui prend le temps d'installer son univers décalé, qui pense à juste titre que l'animation n'est pas forcément une succession endiablée de plans destinés à un public « play station » ; qui pense que la lenteur peut aller de pair avec les sensations, l'émotion et la poésie. Ce n'est pas un hasard si "Les Triplettes de Belleville" a été produit par les producteurs de "Kirikou et la sorcière" et a suite.

"Les Triplettes de Belleville" est un mélange étonnant (détonant pour ceux qui auront vu le film) d'un humour noir impitoyable et d'un regard terriblement humain, plein de tendresse et de compassion envers ses personnages. Un brin ringards et vieillots, ils parviennent à surpasser leur condition de losers condamnés à l'oubli, faisant rejaillir leurs propres talents, leurs ressources insoupçonnées pour ainsi vaincre les difficultés.

Il y a du Ghislain Lambert chez Champion, ce héros orphelin au nom si lourd à porter pour un cycliste de seconde zone. Champion, son chien Bruno, ou madame Souza, la grand-mère entraîneur, et bien sûr les fameuses triplettes de Belleville, des anciennes gloires du show-biz extravagantes, sont de merveilleux personnages qui suscitent souvent l'empathie. Pourtant, l'état psychologique des personnages principaux n'est pas des plus gais. "Les Triplettes de Belleville" parle de solitude, de déshumanisation, d'exploitation, de tristesse, de dérives mafieuses, de villes froides et parle beaucoup de vie de chien...
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Si le tableau est sombre et emprunt d'un grande mélancolie, l'auteur préfère y voir de la nostalgie, qui baigne en effet ce film. Et n'allez surtout pas croire que la déprime vous attend à la sortie du film, car on rit beaucoup, souvent sans s'y attendre. C'est la beauté des triplettes de Belleville : on est sans cesse surpris. On peut attendre trente secondes sur un plan fixe pour comprendre où le réalisateur veut nous emmener, et le rire ou l'émotion n'en est que plus jouissif.

De plus, l'intrigue est imprévisible et Chomet n'hésite pas à nous balader où bon lui semble. On passe du tour de France à Belleville, cette immense cité franco-américaine. Entre le charme désuet de la vieille France et le pied de nez à l'américanisation des cités du monde, on change de décors (somptueux) et l'on savoure la qualité des traits et la qualité des plans, visuellement irréprochables.

Sylvain Chomet se permet même le luxe d'un préambule sous forme d'hommage aux célébrités des années 30-40, avec des dessins à la Betty Boop. Tati, dont l'ombre plane sur le film, n'est pas en reste d'ailleurs. Faut-il le préciser, "Les Triplettes de Belleville" est quasi muet et utilise la musique, parfois à l'intérieur même du film, avec enchantement.

Plein d'inventivité, de poésie, de drôlerie, "Les Triplettes de Belleville" est une des plus belles surprises de l'année ! 
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