21 janvier 2022
Critiques

Les Tuche 4 : La magie du bonheur face aux grands distributeurs

Par Léa Lemaire


Le vendredi 26 novembre 2021, le Kinepolis Lomme avait l’honneur de découvrir en avant-première le dernier opus des aventures rocambolesque de la famille Tuche. Un conte de Noël particulier, dans lequel la joyeuse bande parvient encore à nous étonner.

Son arrivée sur le grand écran retardée d’un an par le Covid, "Les Tuche 4" a bien fait patienter son public. Pour ce quatrième long-métrage, la famille déjantée retourne à Bouzolles pour les fêtes de fin d’année, après la démission de Jeff à l’Élysée. Cathy va bientôt fêter son anniversaire et demande donc à revoir sa sœur, Maguy. Un seul problème : Jeff et son beau-frère sont en froid depuis dix ans. Quand les deux se retrouvent enfin, tout devient prétexte à rivalité, même la plus lumineuse des fêtes de Noël…

Une critique acerbe du consumérisme ambiant

Depuis le premier film, les Tuche ont beaucoup voyagé. Monaco, les États-Unis puis l’Élysée, et même le Vatican ! Ils sont allés tellement loin qu’il est donc difficile de trouver plus insensé. Pour ce dernier opus, le réalisateur Olivier Baroux livre aux salles obscures un film de Noël qui sort du lot. Cette fois-ci, le long-métrage s’attaque à la surconsommation. Les Tuche sont la représentation d’une famille populaire pour qui le chômage est légion.

Leur belle-famille est plutôt aux antipodes de cela. Jean-Yves, le beau-frère de Jeff, est le directeur d’un entrepôt détenu par un géant américain du commerce en ligne, « Magazone ». À l’approche des fêtes, Magazone offre la possibilité aux enfants de commander en ligne tout ce qu’ils veulent. Jeff, lui, est attaché aux traditions. Les cadeaux doivent être envoyés aux enfants qui écrivent au père Noël. Cette dichotomie vient déraisonnablement alimenter le conflit entre les deux hommes que tout oppose.

Loin d’un traditionnel film de Noël, "Les Tuche 4" dessine alors une satire du capitalisme en ce qui concerne les fêtes. Magazone (dont le nom n’est pas sans rappeler quelque chose, non ?) représente les gros business qui tuent les petits artisans. Cela en vendant en circuit longs des produits de qualité moindre et à prix réduits. « Les gros gagnent, les petits meurent » déclare Jean-Yves.

critique-les-tuche-4
Isabelle Nanty et Jean-Paul Rouve - Copyright 2020 ESKWAD PATHE FILMS
Tradition contre modernité

"Les Tuche 4" dépeint un monde très binaire où le patronat est suffisant. Bon-enfant, le film se moque d'ailleurs des jeunes commerciaux qui abusent de termes en « -ing » à l’américaine. En effet, Jeff n’hésite pas à tourner son beau-frère en dérision : « Je travaille pas je suis patron, vous avez déjà vu un patron qui travaille vous ? ». Même lorsque Jeff avoue qu’il ne vend pas les jouets qu’il produit, Jean-Yves, en bon marchand, se renfrogne : « On peut pas donner, on peut tuer mais on peut pas donner ». Des visions très différentes d’un même monde, où le beau-frère de Jeff prend le rôle de l’antagoniste. Là où Noël est une fête de partage, lui n’y voit qu’opportunité et profit.

Le personnage de Jean-Yves est un enfant sain de la méritocratie. Pour lui, tout ce qu’on gagne, on doit le mériter. Lui qui s’acharne au travail ne peut voir Jeff Tuche, pro du chômage et des allocations, autrement que comme un parasite. Par revanche, Jean-Yves avait acheté la voiture convoitée par Jeff, lorsque ce dernier s’était vanté de vivre des aides sociales, dix ans plus tôt. Ce dernier ne comprend pas que les préoccupations de certains ne tournent pas tant autour du travail que les siennes. Pour Jean-Yves, une société viable est une société de travailleurs. Des gens tel que Jeff se font entretenir par des hommes comme lui.

Le film de Noël idéal ?

En dépit de son ton légèrement acide, le long-métrage vient mettre l’accent sur les valeurs à partager à Noël. Ce qui importe, c’est de faire le bonheur des gens qu’on aime. En cela, "Les Tuche 4" ne s’éloigne pas trop des téléfilms que l’on voit passer sur le petit écran lors des fêtes. Le film a tout du « feel-good movie » qui vient réconforter son public pour contrecarrer la dépression hivernale. Par conséquent, on y retrouve de nombreux éléments habituels. Citons, par exemple, une ambiance bercée de guirlandes et de flocons, des moments empreints de bienveillance, ainsi que la réconciliation finale en famille. À l’instar de nombreux films, les personnages sont dans leur petit village. La tradition va mener son combat contre la modernité. Happy end et magie de Noël façon Tuche, voilà le scénario parfait pour ce dernier film.

Quand le public retourne voir les Tuche au cinéma, il s’attend à passer un bon moment, à lâcher quelques rires sur son fauteuil. "Les Tuche 4" ne le décevra pas. La bande qui n’a de cesse de réclamer des frites ne manque ni de talent, ni d’humour. Entre les running gag (dont certains se souviennent encore) et les facéties provoquées par le scénario, les personnages n’ont rien perdu de leur malice. Ce nouvel opus offre donc une comédie chaleureuse aux spectateurs. Ces derniers en ont bien besoin, au sortir d’une année aussi marquée par les différents confinements.

Malgré son parti pris, le film vient ajouter une touche de magie à cette saga rocambolesque. En reprenant les codes des films de Noël, ce dernier fait rire et rêver. Sa sortie, prévue pour le 8 décembre prochain, n’empêche pas le réalisateur de voir encore plus loin pour un cinquième film : « "On a trouvé une idée qui nous plaît, qui est folle, qui est complètement dingue. » Réconfortant, drôle et dénonciateur, "Les Tuche 4" est le film de Noël le plus inattendu de ces fêtes de fin d’année.


Tous nos contenus sur "Les Tuche 4"

ça peut vous interesser

Benedetta : Le bluray

Rédaction

Eiffel : Le symbole de l’amour

Rédaction

Un Triomphe : Glorieux !

Rédaction