23 octobre 2021
Critiques

L’Etreinte : Etonnant

Par Sashah Hillairet

 

19 mai. Réouverture des cinémas. C’est sans aucune retenue que je suis rapidement retournée dans les salles obscures m’ayant tant manquée. En me renseignant sur les différents films, un casting me saute aux yeux : "L’Etreinte", réalisé par Ludovic Bergery et distribué par Pyramide Films, réunit Emmanuelle Béart et Vincent Dedienne dans une histoire aussi intrigante que dramatique.

Margaux a perdu son mari six mois auparavant. Elle décide de recommencer ses études et rencontre par la même occasion de jeunes étudiants. Au contact de la fougue de ses amis, Margaux ressent le besoin de percevoir de nouvelles émotions telles que l’amour, qu’elle n’a pas vécu depuis longtemps. Que ce soit par hasard ou à travers un site de rencontre, Margaux va se retrouver, mais non sans prendre des risques…

Les âges que tout oppose

Au début du film, Margaux n’est pas encore très bien intégrée à son groupe d’amis, qui a la moitié de son âge. A leur contact, et tout au long du film, Margaux devient une nouvelle personne ; elle se redécouvre, elle s’émancipe ou elle s’autorise à aller vers ce qu’elle n’a pas eu l’occasion de vivre auparavant. Il est alors très intéressant de voir une femme d’une cinquantaine d’années renaître, ce qui peut donner un message positif au public en insistant sur le fait que le mariage ne doit pas être synonyme de fadeur et qu’il existe une vie après le deuil. En effet, après la mort de son mari, Margaux redevient en quelque sorte une adolescente. Elle est quelque peu naïve. Il lui arrive même de fantasmer sur un de ses profs. Et elle est stressée quand elle s’apprête à refaire l’amour pour la première fois depuis des années…

C’est d’ailleurs à cette occasion que son professeur d’allemand (qui a le même âge qu’elle) prononce ces mots : « désolé, je n’ai pas envie de faire l’amour à une adolescente ». Cette phrase constitue un vrai électrochoc pour Margaux ; on la voit très nettement changer son fusil d’épaule. Cependant, s’inscrire sur un site de rencontres n’est peut-être pas la meilleure des décisions. Elle qui rêve, comme toute adolescente qui se respecte, de trouver « la bonne personne », elle rencontre Gaston, avec lequel elle fait l’amour dès son arrivée à son domicile alors qu’elle ne le connaît pas. Celui-ci se révélera finalement marié et père de deux enfants ce que Margaux découvrira dans une scène cocasse, mais aussi d’une profonde tristesse. Cela amènera Margaux vers davantage de remise en question et de prise de risques. Accumulant les déceptions, Margaux fait la rencontre d’un groupe d’industriels allemands qui la conduisent de Paris jusqu’en bord de mer, dans un but très malhonnête et bien dangereux pour elle.

La beauté des plans, du flou et du jeu des acteurs

Beaucoup de plans dans ce film m’ont fait penser au design de la série "Euphoria", réalisée par Sam Levinson et diffusée sur HBO. Par exemple, les lumières de la boîte de nuit sont dans les tons violets. Il ne se dit presque pas un mot ; la manière de filmer induit ce qu’il faut comprendre. "L’Etreinte" comporte beaucoup de scènes intimistes, réussies à la perfection. Souvent, ces scènes sont filmées de manière fluide et en gros plan, de sorte que le spectateur comprenne ce qui traverse l’esprit et le corps des personnages, qu'il devienne un membre à part entière de la conversation.

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Vincent Dedienne et Emmanuelle Béart - Copyright Moby Dick Films

Le jeu des nombreux acteurs est excellent, notamment celui d’Emmanuel Béart qui réalise une incroyable performance en faisant preuve d’un réalisme époustouflant. Un bémol toutefois : l’excellent Vincent Dedienne est moins présent dans ce film que ce que j’avais espéré, mais le personnage de Margaux étant central, il n’est bien sûr pas anormal que certains des personnages ne fassent que graviter autour d’elle. Par ailleurs, la caméra joue énormément avec les mises au point, le flou ou la netteté, pour inviter le spectateur à entrer dans les pensées de Margaux, pour comprendre ce qu’elle ressent sans avoir besoin de mots pour l’exprimer. Pour ses amis, Margaux peut être difficile à comprendre, à percevoir, mais le spectateur ne peut se tromper, il sait ce qu’elle ressent ; un lien est créé entre Margaux et le public.

Les corps dans toutes leurs splendeurs

Plus "L’Etreinte" se déroule, plus il est impossible de prévoir la suite de l’histoire, laissant le spectateur avide de suivre les pérégrinations de Margaux qui interrogent le spectateur : que va devenir cette femme ? Va-t-elle s’apaiser ? Accéder à un bonheur tranquille ? La scène de la piscine, par exemple, peut surprendre sans être choquante, car le spectateur ne peut la deviner. Seule, Margaux se retrouve entourée de jeunes étudiants entre lesquels il existe une incroyable tension sexuelle. Elle déambule dans la chaleur, l’humidité, dans laquelle les corps s’entrechoquent à différents endroits de la douche. Les lumières rouges accentuent cette tension. Plus tard, lorsque Margaux entretiendra des relations sexuelles avec Gaston, les plans sont très rapprochés, les corps sont filmés sous presque tous les angles. Les corps sont exaltés, sublimés par la caméra et les lumières. Le public, déjà un acteur de la vie de Margaux, se mue en témoin de sa vie sexuelle. Les plans y sont tellement intimistes que cela peut être légèrement inconfortable, car il est possible de penser que le spectateur est un intrus.

 "L’Etreinte" est ainsi un film surprenant, dramatique. Sa fin laisse place à l’imagination du spectateur pour que celui-ci conçoit la suite de l’histoire de Margaux. Il va sans dire qu’il est absolument nécessaire de visionner cette petite pépite pour vivre à votre tour cette singulière expérience.

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