19 juillet 2019
Critiques

L’Exorcisme de Hannah Grace : Affaire glacée

La critique du film L'Exorcisme de Hannah Grace

Par Peter Hooper




Nous sommes en 1973. L’industrie Hollywoodienne est en pleine mutation avec une prise de pouvoir des grandes majors et leurs boss vieillissants par une armée de jeunes réalisateurs ambitieux. Une contre-culture dont l’un de ses nababs va donner la nausée à plusieurs générations de spectateurs dans le monde entier.

Avec "L’Exorciste" William Friedkin fait sa crise de foi en dépoussiérant l’épouvante « à l’ancienne ». Il apporte (un an avant les massacres perpétrés par un redneck et son Texas instrument) une des pierres fondatrices de ce que deviendra l’horreur moderne.

Ce film, si outrageusement démonstratif sur le calvaire d’une jeune fille possédée par le démon, marquera durablement les esprits avec une puissance tellement dévastatrice qu’a cette époque pourtant prolixe, producteurs et réalisateurs tarderont à s’engouffrer dans le sillage creusé par son immense succès.

Il faudra attendre les années 2000 pour que l’exorcistexploitation connaisse enfin son véritable âge d’or en devenant un sous-genre Bisseux à part entière. Et de déferler dans les salles des dizaines de pellicules ou obscurantisme et religion s’affrontent sur des ressorts minimalistes mettant en scène un homme d’église luttant contre une entité maléfique ayant pris possession (le plus souvent) d’une jeune femme.

Le principal intérêt résultant dans l’incontournable séance d’exorcisme, la thématique étriquée devient vite redondante avec des bobines ouvertement opportunistes. Sans péché coupable d’exhaustivité on citera comme exemple : "Le Dernier Exorcisme", "Le Dernier Exorcisme Part II", "L’Exorcisme au commencement", "L’Exorcisme d’Emilie Rose", "Les Dossiers Secrets du Vatican", "Le Rite", "Anneliese: The Exorcist Tapes", "L’Exorcisme de Molly Hartley" ou autres "Exorcismus" (si, si !) et "L’Exorciste contre-attaque" (non, non !).

Alors qu’en est-il de "L'Exorcisme de Hannah Grace" pratiqué dans nos salles ce mois-ci ; par le père Diederik van Rooijen ? Pour «…l’incontournable séance d’exorcisme … », c’est dans les combles d’une église (un comble !) où prêtres et civils tentent de libérer d’une entité maléfique la jeune Hannah (Kirby Johnson) solidement attachée à un lit, que la séance est dispensée, provoquant une grosse décharge émotionnelle au vidéo-clubien que je fus.

Une secousse qui n’est pas à mettre au crédit de sa mise en scène, de facture correcte mais (très) loin, avec ce corps « gentiment » en contorsion, ce lit qui tapote et cette voix un brin rocailleuse, d’atteindre des sommets transgressifs.

Si on n’est quand même pas chez Pixar, il n’y a aucune commune mesure avec la terreur intronisée par la langue démesurée, les yeux révulsés, les stigmates et la tête tournant à 180° de la pauvre Regan chez William Friedkin !

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Non. Le choc provient de la place en pré générique d’une scène qui habituellement constitue le morceau de « bravoure » et survient après l’installation d’un climat malaisant. Une mise en condition nécessaire pour témoigner de l’empathie pour la future martyre.

Une déstructuration qui interpelle sur la véritable nature des enjeux. Elle trouve une probante explication avec le cadavre d’Hannah, morte étouffée par un coussin à l’issu du rite alors qu’elle arrive en chambre froide affreusement mutilée. Le rapport médical concluant a une violente agression (le coussin est définitivement innocenté…) dans la rue ou elle a été découverte

Megan Reed ("Pretty Little Liars") une ancienne flic qui vient de prendre ses fonctions d’agent hospitalier. Elle est chargée des procédures d’enregistrement lors d’une première nuit dont on sait déjà, aussi longue s’annonce t’elle, qu’elle ne sera pas celle de l’exorcisme.

Dans cette morgue aux immenses plafonds et son éclairage à détection de mouvements, on baigne plutôt dans l’ambiance aseptisée de "NCIS" que dans celle cauchemardesque de "Phantasm". Mais les décors de cette salle, ces longs couloirs, cet ascenseur, ces escaliers, ce parking souterrain permettent d’installer naturellement une atmosphère inquiétante.

Si l’on a compris que le réalisateur tente de défaire les codes très stricts de ce sous genre, on s’interroge sur la direction qu’il souhaite faire prendre à sa trame inédite. Sans véritablement se livrer à une scientifique introspection du fantastico-horrifique, Diederik van Rooijen va pourtant orienter son récit vers plusieurs Genres en lançant son héroïne dans une inéluctable confrontation avec une Hannah en pleine résurrection.

Avec son Sony hybride (un appareil photo) il filme sobrement cet hôpital labyrinthique en puisant après l’exorcistexploitation, dans le gosht flick japonisé de la Samara de "Ring" (1998 ), le serial killer de parking du "2ème sous sol" (2007), le Monster movie SF de "La Mutante" (1997), jusqu’au thriller mortuaire de "Jane Doe identity" (2016). C’est d’ailleurs avec ce dernier que "L’Exorcisme de Hannah Grace" présente le plus de similitudes. Mais dans une version beaucoup plus hygiénique.

Si la confusion de genre à partir d’une thématique parfaitement balisée s’avère une piste intéressante, il est regrettable que le réalisateur ne radicalise pas son propos. Un cruel manque d’audace qui finit par rendre le discours confus, emballé dans une forme beaucoup trop politiquement correcte pour un résultat, au niveau du trouillomètre, proche de l'encéphalogramme plat.

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Le gros point noir du film se situe au niveau de sa bande-originale, d’une incroyable discrétion (quand elle n’est pas tout simplement absente) au point de donner l’impression d’être sorti de la salle de montage en ayant oublié de rajouter la musique !

Sans aller jusqu'à rêver de l’habillage, pourtant redoutablement minimaliste, du Tubular bells de Mike ofield dans "L’Exorciste" de 1973, le vrai « faux rythme » de l’intrigue nécessitait ces sur-effets pour doper l’inquiétante atmosphère d’une nuit a la morgue. Un comble alors que depuis quelques années les réalisateurs y vont plutôt fort coté surround, souvent jusqu'aux saignements de tympans.

On fera preuve d’une relative indulgence pour la caractérisation très poussive des personnages secondaires et leurs attitudes ultra-prévisibles mais si typique des réalisations estampillées Bis.

Quant au personnage principal, en lutte contre d’autres démons à grand coups d’antidépresseurs et aux limites de la résilience, elle aurait mérité, dans sa quête rédemptrice, de prendre la place de l’exorcisée.

Un constat suffisamment édifiant pour asphyxier Hannah, cantonnée du coup à une « simple » antagoniste en colère mais pas vraiment effrayante, « second rolisée » dans son enveloppe de chair en recomposition face a la puissance métaphorique de « La psychanalyse de Megan Reed ».

Alors « pourquoi tant de lettres ! » allaient vous vous demander si vous êtes arrivés jusqu'à cette phrase, pour un film avec autant de « défauts »? Et bien si vous continuez la lecture, je vous répondrai qu’il n’est jamais déplaisant, son format assez court de 85 minutes semblant durer celui d’un simple épisode de série.

On est pris au jeu et l’introduction, même si elle vide le film d’exorcisme de sa substance, nous happe suffisamment pour ne pas vous laisser tomber dans l’ennuie. Le suspense est savamment entretenu.

"L'Exorcisme de Hannah Grace" parvient à être un bon divertissement et, au final, à défaut de trembler avec ce sympathique thriller horrifique, vous passerez un agréable moment.

Et puis, de nos jours, il est devenu tellement rare de Bisser en salle…

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