Critiques

L’Histoire de ma femme : Cousue de fil blanc

Par Stanislas Claude

 

Avec L'Histoire de ma femme, la réalisatrice hongroise, Ildiko Enyedi, laisse toute la place à ses deux acteurs Léa Seydoux et Gijs Naber pour une histoire d’amour contrariée. Rien ne lie ces deux êtres fantasques mariés sur un coup de tête pour le meilleur… mais surtout pour le pire. L’absence et la jalousie créent une ambiance délétère dans un couple jamais vraiment assorti. Seuls quelques éclairs illuminent leur existence mutuelle pour beaucoup de troubles. Pour un film de trois heures, c’est un beau pari. La mise en scène et l’esthétisme ne font pas tout. Hélas !

Le pitch  de "L'Histoire de ma femme" avait tout pour charmer. Un capitaine de navire parie avec un ami qu’il épousera la première femme qui passe le pas de la porte du restaurant où ils se retrouvent. L’ami est provocateur. Le héros, Jakob, cherche une épouse. Pourquoi ne pas choisir la première venue ? Le sort tombe sur Lizzy. Une élégante dame à l’humour pince-sans-rires que rien ne semble pouvoir déstabiliser. Et voilà pour une histoire d’amour qui occupe presque tout le cadre du film. Lui repart. Il brave les éléments et se fait une jolie réputation. Pourtant, le couple va mal. Ils ne communiquent pas. Les ébats sont rares mais passionnés. Un grand vide semble entourer ce mariage du destin.


Une love story sans éclats
Dans "L'Histoire de ma femme", le ton très film d’auteur interdit toute fantaisie. Les personnages ont tout juste le temps de danser un tango. Les rencontres avec les connaissances de Lizzy semblent faire apparaitre un prétendant interprété par Louis Garrel sans que la situation ne soit jamais vraiment éclaircie. C’est un peu le cas de tout le film. Les décisions ne semblent jamais réfléchies. Elles semblent être le fruit du hasard et des circonstances.

Le film est un peu à l’ancienne. Il fait penser aux vieux opus d’Ingmar Bergman avec ces personnages qui ne perdent pas de temps à discourir et préfèrent se perdre dans leurs mondes intérieurs comme dans "Les Fraises Sauvages" ou "Fanny et Alexandre". Les conventions sociales font le reste. Il faut se tenir et, surtout, se taire. La souffrance après tout, même psychologique, fait partie intégrante de la vie.

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Léa Seydoux et Gijs Naber - Copyright Pyramide Films
Un héros perdu
Au final, le titre est trompeur. "L'Histoire de ma femme", ne raconte pas vraiment l’histoire d’une femme vue que le doute entoure du début à la fin sur ses envies et ses désirs. D’apparence femme fatale, elle se complait dans une existence oisive au milieu de décors très esthétiques faisant parfois penser à des décors de théâtre, voire des toiles de maitre comme dans "Les Duellistes" de Ridley Scott. Les deux mari et femme se laissent emporter par leur non-existence mutuelle jusqu’à la pirouette finale, pas si inattendue, mais si longue à arriver. Le secret de cette femme mystérieuse n’en est finalement pas vraiment un. Reste un héros perdu au perpétuel vague à l’âme et à la langueur indolente. Tel un fantôme qui semble traverser la vie sans jamais rien attraper.

"L'Histoire de ma femme" se mérite. Il faut avoir trois heures devant soi pour se laisser emporter dans un tourbillon presque immobile. Le spectacle n’est pas désagréable, mais pas sûr qu’il méritait la Palme d’Or du dernier Festival de Cannes que tant de monde lui promettait…


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