Archives Critiques

Liberté : Déchirant et enthousiasmant

Déchirant, certes, parce qu'il parle de déportation. Mais aussi foncièrement enthousiasmant et porteur d'espoir. Des contradictions qui ne font pas peur aux grands artistes : Tony Gatlif le prouve avec son dernier film. Cela commence comme tous les films sur la déportation, ou presque. Avec un plan sur des camps, barbelés au premier plan. Et puis la « patte » de Tony Gatlif se pose sur l'image. Et les barbelés vibrent sous le vent, produisant une mélodie... Tout le film est là, ou presque. Une histoire dure, une légèreté salvatrice et une envie de liberté plus forte que tout, au-delà, même, des barbelés. L'histoire de Liberté, c'est celle de 250 000 à 500 000 Tziganes, gitans, roms, déportés par les nazis, exterminés. Une histoire que le réalisateur de "Je suis né d'une cigogne", "Exils" et autres "Gadjo Dilo" s'attache à faire connaître au plus grand nombre.

Il est sûrement l'une des personnes au monde qui connaît le mieux ce peuple, qui le comprend et qui parvient, du coup, à nous y intégrer en quelques images. Cette fois, il s'attache aux pas d'une famille, dans la campagne française. Les Tsiganes sont là pour les vendanges. Mais leur position hors du monde les a rendus imperméables à ce qui se passe dans la société française : l'occupation, les rafles... Et de nouvelles lois, qui les empêchent de reprendre la route, contraignant leur nature profonde, leur vie faite de liberté.

C'est dans un petit village qu'ils se retrouvent. Le maire, Théodore, profondément humaniste, ne demande qu'à les aider, tout comme l'institutrice, Mademoiselle Lundi. Mais outre les animosités et les préjugés des gens du village, ils devront faire face aux contrôles de police et aux persécutions étatiques... Jusqu'à se faire hors la loi, et reprendre la route ?

La petite histoire pour évoquer la grande. Tony Gatlif est un remarquable conteur, un metteur en scène hors pair et un directeur d'acteurs sans pareille. Et il ne dément pas son talent avec Liberté. Il soigne d'abord son scénario, jouant parfaitement la carte de l'empathie, sans le pathos. Sa mise en scène, s'appuyant sur l'ironie et la beauté des paysages qui l'entourent, appuie la fluidité de l'ensemble.

Et il utilise à merveille la formidable énergie de ses acteurs. Des roms, surtout, castés et dirigés au plus juste, des plus jeunes aux plus vieux. Et puis il y a le talent de son acteur principal, qui irradie, à en faire pâlir de jalousie les plus charismatiques de nos acteurs. Il s'appelle James Thiérée et doit en avoir marre qu'on l'appelle « petit-fils de Charlie Chaplin ». C'est que dans la catégorie transformation et maîtrise du corps, il se pose là, loin de renier son héritage. Il le transcende. Il incarne. Il est Taloche, gitan aux joies et aux peurs d'enfant, « l'âme du peuple tsigane » comme le qualifie Tony Gatlif. Un doux dingue, hyper-attachant. Un personnage qui est le corps de cette histoire et qui en arrive même presque à éclipser la musique, pourtant souvent omniprésente chez Gatlif. Il est effectivement l'âme des tziganes, lumineux et libre, une musique à lui tout seul. Et notre porte d'entrée dans un monde qu'on n'a, finalement, plus envie de quitter.
Auteur :Fadette Drouard
Tous nos contenus sur "Liberté" Toutes les critiques de "Fadette Drouard"