18 septembre 2020
Critiques

Light Of My Life : L’Odyssée

Par Denis Dutronc

Casey Affleck interprète et réalise "Light Of My Life", un drame post-apocalyptique intimiste et sincère sur un père guidant et protégeant sa fille Rag (la lumière de sa vie) suite à une pandémie qui à anéanti la population féminine de la surface du globe, y compris l'épouse du père sans nom et la mère de Rag. On pense obligatoirement à l'oeuvre de Cormac McCarthy, "La Route", pour son côté désespéré de l'humanité et l'amour d'un père, mais la comparaison s'arrête là.

Dans le monde de "Light Of My Life" ce ne sont pas les animaux et les plantes qui ont disparu mais les femmes. Rag, presque adolescente, se faisant passer pour un garçon tente avec son père de survivre, elle est peut-être l'une des dernières de son genre. Si son vrai sexe est découvert, elle est susceptible d'être tuée. Ici tout le monde est un étranger, tout le monde est un solitaire, tout le monde est une menace.

Nous sommes loin d'une superproduction hollywoodienne, le film dispose d'un petit budget et d'un comédien connu pour son jeu d'acteur discret qui lui permet d'adopter cette approche minimaliste derrière la caméra. Ainsi "Light Of My Life" est-il quasiment un film de genre pour ne pas dire un film d'horreur dans son propos. Affleck capte toute en finesse un monde de tristesse et sans issue et peint l'errance d'un père et sa fille en voie de disparition sur fond d'introspection.

Le rythme est délibérément lent, pas ou peu d'humour, de rares scènes d'actions et, quand elles surviennent, c'est brutal, mais intelligemment filmé dont une en particulier dans un grenier sombre. Les dialogues sont très bien écrits et la mise en scène criante de réalisme. On ressent une menace quasi permanente grâce à l'interprétation générale. De petits flashbacks nous permettent de découvrir subtilement les jours qui ont suivi la naissance de Rag, puis la perte du bonheur familial d'autrefois avec les premières lésions du virus sur le corps de son épouse (jouée par Elisabeth Moss).


Tourné au Canada, la plupart du temps sous la pluie et la neige, dans une campagne boisée avec un ciel gris, "Light Of My Life" est inondé par des couleurs ternes rendues plus ternes du fait de l'humidité ambiante. Aucun soleil ne s'introduit ici. La photographie nous place dans une atmosphère angoissante avec de longs plans calmes et des paysages impressionnants. Casey Affleck, impeccable en protecteur de la femme et de son avenir, est totalement convaincant dans un rôle de père ravagé par le chagrin qui lutte pour persister dans un monde sans espoir malgré ses peurs, ses inquiétudes, ses insécurités et son deuil pour sa femme décédée. Rag, interprétée par la canadienne (Anna Pniowsky), est émouvante. Voilà un jeune talent brillant qui s'impose avec sa prestation d'une grande maturité et d'une tendresse incroyable. 

"Light Of My Life" est une réflexion sur la possibilité de réadaptation, mais surtout un très beau film sur la transmission et l'amour filial. La difficulté pour un parent seul de trouver un juste équilibre pour laisser à l'enfant son indépendance et la nécessité de le guider. Bref, une jolie parabole sur notre rôle de parents à préparer nos enfants à se protéger des dangers du monde. Un film qui donne à réfléchir surtout dans le contexte actuel...


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