5 décembre 2019
Critiques

Little Joe : Un parfum de déception

Par Justine Briquet

Après son prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour son interprète principale Emily Beecham, "Little Joe" de l’autrichienne Jessica Hausner était présenté ce samedi 9 novembre au Arras Film Festival. Une phyto-généticienne nommée Alice met au point « une plante du bonheur » qui va progressivement se révéler plus destructrice qu’elle n’y paraît. Si sur le papier, le scénario avait tout pour donner naissance à un grand film de genre, la réalité est toute autre. Le film sort ce mercredi 13 novembre sur nos écrans. Critique.  
 
Une fleur rouge vermillon aussi belle que vénéneuse que l’on doit chérir, comme l’être vivant qu’elle est. Il suffit d’humer quelques secondes son pollen pour profiter de ses pouvoirs thérapeutiques. Des pouvoirs qui se révéleront très inquiétants. Tous ceux qui respirent ce pollen magique sortent changés de cette expérience, comme obsédés par cette plante qui se transforme peu à peu en un véritable objet horrifique. Le fils d’Alice, autrefois si affectueux et attentionné envers sa mère, change brusquement de comportement au point de rejeter celle-ci et de sombrer subrepticement dans une folie inquiétante. Le propos principal de ce conte filmique, à savoir la dénonciation des OGM, aurait dû être intéressant. Malheureusement, cette belle idée de voir la nature contre-attaquer la manipulation humaine est desservie par une intrigue cousue de fil blanc et des personnages froids, sans grand intérêt.

Little Joe : Photo Emily Beecham, Kit Connor
Emily Beecham et Kit Connor. Copyright The Coproduction Office.
Un thriller horrifique sans rythme ni point de vue 

Dans "Little Joe", les longs plans fixes se multiplient inlassablement sans qu’ils n’apportent jamais une profondeur aux personnages qu’ils montrent. Bien au contraire. Chacun participe de l’ennui ressenti par le spectateur. La mise en scène n’a jamais d’autre intérêt que celle de la pure esthétique. À grand renfort de couleurs saturées, la cinéaste filme ces fleurs démoniaques, avec attention, grâce à une caméra en rotation placée au plafond. Un dispositif original qui aurait dû donner de l’élan à la mise en scène qui ne prend finalement jamais son envol. D’autant que la volonté de Jessica Hausner de faire de son film une sorte de thriller d’horreur est avortée par son choix de rendre le spectateur omniscient. En effet très rapidement, nous savons tout des effets néfastes de cette fleur. Comment rester intrigué alors ? Alors qu’elle dépossède son récit de tout mystère, la cinéaste peine inévitablement à nous tenir en haleine. Pour tenter de nous ramener à cette histoire aussi plate qu’un trottoir de rue, la réalisatrice sature son film d’effet sonores stridents censés nous effrayer. Ils auront au moins le mérite de réveiller la salle pour quelques instants. Car cet artifice sonore, répété jusqu’à l’overdose, ne parvient lui non plus à faire illusion. Restent les personnages donc : froids, inertes, sans aucune réaction face aux événements qui les frappent. Impossible donc de rentrer en empathie avec eux ni d’adopter leur point de vue.

Ces diverses maladresses nous laissent définitivement en dehors de l’histoire que nous raconte Jessica Hausner. Son projet de réaliser un grand film de genre tombe à l’eau sous nos yeux. De ce film-là, il ne nous reste presque rien. Excepté quelques plans glaçants de beauté mais qui, malheureusement, ne nous disent rien. Absolument rien.

"Little Joe" n’aura pas été l’avant-première la plus marquante de ce début de festival arrageois, donc. Mais beaucoup d’autres films au programme nous promettent de beaux moments. Affaire à suivre.

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