20 novembre 2019
Critiques

Live By Night : Du rhum, des femmes et de la bière, nom de Dieu !

Ben Affleck retrouve avec "Live By Night" l'univers de l'écrivain Dennis Lehane presque une décennie après "Gone Baby Gone". Toutefois, si sa première réalisation avait marqué un tournant dans sa carrière alors que les mêmes critiques qui estimaient qu'il avait autant de saveur qu'une endive lorsqu'il se retrouvait devant la caméra se mettaient à le porter au pinacle maintenant qu'il commençait à passer derrière.

Ainsi, celui qui a écrit ce que vous êtes actuellement en train de lire la considère comme terriblement surestimée car à des années-lumière de la puissance émotionnelle du roman éponyme de l'auteur originaire de Boston.

Les retrouvailles avec l'univers du romancier de Dorchester se sont, contre toute attente, soldées par un accueil beaucoup moins enthousiaste voire carrément médiocre ainsi que des débuts de carrière dans les salles américaines très décevants depuis Noël 2016.

Tout comme "Gone Baby Gone" prenait la saga Kenzie-Gennaro en cours de route, "Live By Night" adapte le deuxième opus de la saga Coughlin. La première série de livres suivant les enquêtes d'un duo de détectives privés oeuvrant à Boston dont la relation constitue le principal liant justifiant d'avoir lu les précédents opus pour mieux saisir le contexte. Elle a un côté épisodique qui peut excuser le choix d'adapter le quatrième récit sans avoir à transposer auparavant les trois histoires précédentes à l'écran.

Ben Affleck accomplissait cela très bien en évacuant toute référence aux événements antérieurement relatés dans Un Dernier Verre Avant La Guerre puis Ténèbres, Prenez-Moi La Main et enfin Sacré. Ainsi, on avait une adaptation partielle d'une saga de romans policiers dont l'autonomie était légitimement justifiée.

La saga Coughlin suit, quant à elle, une famille irlandaise du même nom dans le Boston de la première moitié du vingtième siècle. Bien que le premier livre, Un Pays A L'Aube, avait pour personnage principal le frère aîné de Joe, Aiden "Danny" Coughlin, il était plus difficile de défendre le choix de mettre en images le deuxième opus sans avoir traité de la même manière celui d'avant car le rapport entre les relations familiales et les convictions personnelles de chaque Coughlin fait de l'oeuvre un tout dont il est difficile de séparer un élément sans perdre le contexte global.

C'est pourquoi les échanges entre le commissaire Thomas Coughlin et son troisième fils devenu voyou ainsi que les références à Aiden "Danny" Coughlin perdent de leur impact par rapport au livre : tout ça passera au-dessus de la tête de ceux qui n'ont pas lu l'oeuvre de Lehane quand les lecteurs n'y verront que du fan-service qui rendra bancale l'existence d'une adaptation d'un deuxième opus alors que le premier n'a pas eu - et n'aura sans doute jamais - le droit au même traitement.

C'est bien le travail d'adaptation qui pose le plus problème dans ce "Live By Night". Fresque s'étalant sur plusieurs années au cours de laquelle Joe Coughlin, âgé d'à peine une vingtaine d'années en début de récit, va grandement évoluer au fil des événements et des conséquences de la vie de gangster, le film doit condenser cela en deux heures et survole de nombreux éléments essentiels à la construction aussi bien du récit que de son personnage principal.

C'est en particulier ses relations amoureuses qui en souffriront le plus : la première, avec la maîtresse d'un chef de gang irlandais, semble passer en accéléré alors que la seconde n'offre qu'une poignée de courtes scènes à Graciella Suarez qui se voit réduite à jouer la femme au foyer alors qu'elle menait des actions pour défendre ses idéaux révolutionnaires.

Pire encore : la peine de prison purgée par Joe, trois ans et quatre mois au cours desquels il s'endurcissait alors que les bases de sa destinée se construisaient au détour de sa rencontre avec le chef d'un gang italien, est traitée en une ellipse.

Bref, la complexité morale de l'environnement dans lequel Joe évolue, le poids du temps, la route qu'il construit par chacun de ses actes qui semble être de plus en plus impossible à reprendre en sens inverse... Tout ce qui faisait la substantifique moelle des turpitudes du dernier des Coughlin est dissoute dans une transposition sans ambition qui enchaîne ses événements de manière on ne peut plus mécanique en plus de se voir alourdie par une narration intradiégétique où Joe nous explique verbalement ce que Ben Affleck aurait été plus inspiré de traduire visuellement.

Il reste tout de même quelques éléments à sauver : le travail de reconstitution est bien mis en valeur par une photographie et une lumière qui rendent le tout très agréable à regarder, la réalisation n'hésite pas à faire se déplacer avec aisance la caméra pour rendre un peu moins laborieuse une narration pataude et Chris Cooper mais surtout Elle Fanning sont la seule source solide d'émotion et de tragédie à laquelle se raccrocher.

Auteur :Rayane Mezioud

Tous nos contenus sur "Live By Night" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

ça peut vous interesser

Doctor Sleep : Mike Flanagan a osé

Rédaction

Le Traitre de Marco Bellochio

Rédaction

Joker : Plaisanterie de courte durée

Rédaction