Critiques

Logan : La vieillesse est un drift

"Deadpool" avait essayé de nous la faire à l'envers - et réussi étant donné un consensus critique dans l'ensemble plus que simplement satisfait - en se vendant comme le film de super-héros le plus original de ces dernières années alors que, une fois expurgé de sa violence et de ses ruptures du quatrième mur, il ne restait au produit fini plus beaucoup d'éléments pour nous faire oublier ses caractéristiques intrinsèques qui bouleversent autant les codes du genre que la souris amoureuse de l'éléphante ne fait vibrer cette dernière dans la blague salace si connue qu'on ne va pas vous faire l'affront de la raconter.

Suite logique du carton cosmique des origines du mercenaire avec une grande gueule, la Fox récidive en offrant à James Mangold la possibilité de faire lui aussi un "Wolverine" interdit aux moins des dix-sept ans non accompagnés outre-Atlantique. Le sobrement intitulé "Logan" offre enfin au mutant qui pèse le plus lourd l'occasion de faire ce pourquoi il est le meilleur dans sa partie même si ce qu'il fait n'est pas joli.

Ce qui aurait pu s'avérer être une démarche purement opportuniste se révèle au final un projet pétri d'intentions filmiques plutôt nobles puisque Logan peut sans mal se targuer d'être l'une des productions super-héroïques les plus fraîches dans le fond depuis quelques années. La partition sonore s'y accorde même puisqu'elle se déleste presque de toute envolée héroïque - lorsqu'elle y a recours, c'est uniquement en fin de film et ça a du sens en plus d'y ajouter le son d'un harmonica pour y apporter une petite touche d'originalité - en s'accordant avec le ton dramatique de l'ensemble ou, lors des scènes d'action, en utilisant des sons percutants propices à une certaine tension.

Pour ce qui est du fond, au-delà de l'affrontement avec une organisation paramilitaire eugéniste qui vient nous rappeler que, à l'exception de Kevin Bacon en Sebastian Shaw dans "X-Men : Le Commencement", la franchise a sérieusement du mal à créer des antagonistes qui sortent du lot lorsqu'elle n'a pas recours à Magnéto malgré la pertinence symbolique de l'un de ceux présents ici, les deux heures et dix minutes de Logan sont imprégnées d'un désespoir et d'un fatalisme constants. Hugh Jackman et Patrick Stewart, qui fait évoluer le jeu auquel nous étions habitués à chaque fois qu'on le voyait prendre place dans le fauteuil, transmettent avec brio l'impact émotionnel des questionnements, désillusions, abattements et prises de conscience qui vont de pair avec le vieillissement.

En dépit d'une écriture avant tout centrée sur la psychologie de ses principaux protagonistes, le scénario de Logan pêche dans le traitement d'X-23 : entre un mutisme qui prend fin juste parce qu'elle en a envie et un apprivoisement mutuel entre le personnage éponyme et elle qui n'existe qu'au travers de scènes imposant de manière forcée l'évolution de leur relation, la petite n'a pas le droit à la même finesse de rédaction que ses protecteurs. La chorégraphie enragée de ses combats est même entachée par des effets spéciaux presque gênants.

D'ailleurs, à l'exception d'un tranchage de mercenaires en pleine crise télépathique plutôt intense, les courtes scènes d'action ont beau être appréciables par le lâcher prise dans la violence et la brutalité, la mise en scène vient la plupart du temps leur nuire par un montage beaucoup trop haché, des cadrages trop rapprochés ou les deux en même temps. James Mangold et son équipe se rattrapent visuellement par une attention toute particulière accordée à la lumière, notamment lors des scènes nocturnes, et à la photographie qui viennent renforcer l'atmosphère dépressive et aride créée par le scénario.

"Logan" est imparfait mais c'est sans doute l'un des films de super-héros les plus forts sur le plan émotionnel jusqu'à aujourd'hui. En plus, ce sera toujours mieux que "X-Men Origins : Wolverine" et "Wolverine : Le Combat De L'Immortel".
Auteur :Rayane Mezioud
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