20 octobre 2020
Critiques

L’Ombre de Staline : La recherche de la vérité ?

Par Sashah Hillairet

Après une attente de plus de trois mois, le public français peut enfin retourner dans l’un des lieux parmi les plus importants de la culture : le cinéma. C’est avec plaisir que nous pouvons découvrir, ou redécouvrir, les films forts sortis avant le confinement qui a gelé l’industrie cinématographique. "L’Ombre de Staline" (distribué par Condor Distribution) d’Agnieszka Holland fait partie de ces films.

Ce biopic retrace l’histoire vraie de Gareth Jones, jeune journaliste s’interrogeant sur le miracle soviétique dans les années trente. D’où sort l’argent que Staline utilise pour révolutionner l’URSS ? C’est une question dangereuse à poser, surtout lorsqu’il se rend à Moscou en 1933 avec l’intention d’interroger Staline en personne. Un collègue journaliste tué par de pseudos voleurs alors qu’il s’approchait trop près de la vérité : accident ou assassinat ? Alors que le régime russe essaye de dissimuler toute information, Gareth Jones va découvrir et, plus tard, mettre les projecteurs sur l’or de l’URSS, l’Ukraine, qui est dépouillée par les soviétiques de ses cultures et de ses seules richesses, ce qui provoque une terrible famine ; l’Holodomor.

Témoigner et révéler la Vérité

"L’Ombre de Staline" nous révèle l’importance d’avoir les journalistes dans notre monde, pour révéler la Vérité. En faisant témoigner ceux qui n'ont pas la parole, les journalistes offrent l'opportunité d'exprimer le vécu, les souffrances, les positions de ceux qui témoignent ou ceux qui vivent les drames.

En matière de témoignage et d’engagement journalistique, ce film est extrêmement proche de "Sympathie pour le Diable", un livre de Paul Marchand adapté au cinéma par Guillaume de Fontenay en 2019. Alors à Sarajevo pendant son siège dans les années 1990, Paul Marchand est journaliste pour Radio France et des médias canadiens. Il prend d’énormes risques au service de l’information et de la Vérité. Il dira même : « On est là pour parler d'eux. Les autres ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas ». C’est le cas de Gareth Jones qui veut absolument comprendre et transmettre ce qui se passe en Ukraine.

Un enfer caché

La tension monte au fur et à mesure. Le spectateur est suspendu aux lèvres des personnages. Il attend de voir comment Gareth Jones va se sortir de ce marasme, bien que le public sache que l’Histoire avec un grand H a déjà été écrite il y a longtemps. C’est une ambiance lourde auquel se confronte le spectateur. Des scènes dures et désarmantes se défilent devant lui, telles que celle dans laquelle Gareth Jones mange, sans le savoir, de la chair du frère mort de plusieurs enfants qui l’hébergent.

Le temps est suspendu pendant deux heures et le spectateur est obligé de faire face à une vérité bouleversante. Les plans filmés en contre-plongée renforcent l’aspect dystopique de la réalité qu’était celle de Gareth Jones et des millions d’ukrainiens. De plus, cela renforce l’idée que le personnage principal tourne en rond et n’arrive pas à sortir de cet enfer, l’Holodomor caché par les soviétiques. Agnieszka Holland, la réalisatrice de ce film, confiera au Figaro lors d’une interview publiée le 21 juin 2020 : « Disons que l’Holodomor est le sujet principal, et Gareth Jones le thème qui permet de l’aborder sous un double rapport à la vérité ».

"L’Ombre de Staline" dénonce aussi bien l’insoutenable famine qu’a vécu l’Ukraine, conséquence directe de l’ambition utopique de Staline, mais aussi le fait que ces crimes ont été oubliés, et selon Agnieszka Holland, pardonnés. "L’Ombre de Staline" est certainement à ne pas manquer.

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