Critiques

L’Ombre d’un mensonge : Amour et amnésie

Par Flavie Kazmercziak

Le temps des apéros en visio et du travail par écrans interposés n’est pas encore révolu. Et ce n’est pas Bouli Lanners qui dira le contraire. Alors qu'il était sur la route de son prochain tournage, il s’était prêté au jeu des questions-réponses par téléphone avec les spectateurs de l’Arras Film Festival 2021. Ces derniers étaient venus découvrir "L’Ombre d’un mensonge " en avant-première (la sortie du film est prévue pour le 23 mars).

C’est sur les îles de Lewis et Harris que le réalisateur a posé sa caméra pour le film "L’Ombre d’un mensonge". L’Écosse en toile de fond, il y filme un homme amnésique en pleine reconstruction auprès d’une femme qui prétend être son amante. Un vrai pari pour Bouli Lanners qui interprète le rôle de Phil, le personnage principal. Pour la première fois, il a joué et dirigé en anglais. Entouré d’acteurs anglophones à l’accent rocailleux. Dans ce cadre, il a d’ailleurs préféré retravailler sa voix en post-production.

La lumière des décors

Alors que le réalisateur avait plus l’habitude de mettre en scène des histoires d’amitié, il raconte, cette fois-ci, l’amour naissant entre deux habitants d’une petite île. Bien qu’étranger, Phil est connu et respecté de tous. Il travaille dans la ferme d’Angus, dont la fille Millie n’a toujours pas trouvé le grand amour. Lorsqu’il fait un AVC, et qu’il devient amnésique, Millie devient sa référente. Un mensonge va lier ces deux êtres solitaires. Jusqu’à quand ?

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Michelle Fairley - Copyright Versus production – Brian Sweeney

« Une comédie ratée c’est affligeant ! Alors une histoire d’amour ratée c’est vraiment la honte », ironise-t-il. Que Bouli Lanners se rassure, malgré quelques longueurs, son écriture est d’une grande finesse. Doublée d’une attendrissante rencontre entre Brian et Nigel, un chien aux origines inconnues, la relation naissante entre Phil et Millie est touchante. Cependant, la force du scénario de "L’Ombre d’un mensonge" réside aussi dans l’association des décors écossais et de l’atmosphère presbytérienne. Presque crépusculaire, la photographie du film sublime la beauté austère des paysages.

Un drame bien orchestré

L’amnésie fraye un chemin pour illustrer les problèmes sous-jacents de cette petite communauté presbytérienne. Communauté ans laquelle tout le monde se craint autant que s’apprécie. Dans "L’Ombre d’un mensonge", le spectateur découvre en même temps que Phil le mode de vie des habitants. Au-delà des mensonges et apparences, le personnage va se redécouvrir lui-même. L’élément qui lui fera recouvrer la mémoire transforme cette romance en drame intense, dévoilant les raisons de la présence de Phil sur le territoire.

Tim Mielants (metteur en scène de quelques épisodes de "Peaky Blinders") l’a épaulé dans le tournage pendant les prises de vues. Il a pris en charge la direction des acteurs. Ceci pour que Bouli Lanners se soit plus que comédien sur le plateau. On retrouve à ses côtés notamment Michelle Fairley, interprète lumineuse de Millie. Julian Glover et Andrew Still retranscrivent respectivement ce chef de famille aux traits et caractères durcis par la vie, et cette jeunesse prise au piège d’un héritage qui la retient sur l’île. Clovis Cornillac y fait également une apparition dans le film.

"L’Ombre d’un mensonge " révèle les qualités de mises en scène de Bouli Lanners qui a su se renouveler dans un cinquième long-métrage tout en finesse, transformant la dureté des coeurs pour les faire renaître.

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