21 octobre 2019
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Lost in Translation de Sofia Coppola : La critique

Après le magnifique "Virgin suicides", Sofia Coppola confirme les espoirs que l'on avait placés en elle. "Lost in translation" est en tout point aussi singulier et unique dans le ton et dans la forme que pouvait l'être "Virgin suicides".

Entre ces deux films, les points communs abondent, preuve donc que Sofia Coppola est une authentique cinéaste qui en deux films seulement a déjà réussi à imposer un univers et un style qui finiront dans l'avenir par être reconnaissable dès les premières minutes, ce qui est la marque des grands.

Avec "Virgin suicides", Sofia Coppola s'emparait du film de teenagers pour hausse ce genre d'un cran (et le mot est faible…). Pour "Lost in translation", elle s'aventure dans le genre maintes fois représenté du Boy meets girl, de la Brève rencontre entre un homme et une femme (citons le film de David Lean bien sûr et plus récemment celui de Wong Kar-Wai, le très surestimé In the mood for love). Mais là encore, c'est la singularité qui l'emporte.

Soit Bob (Bill Murray) acteur en phase de devenir has-been, qui se retrouve à Tokyo afin d'empocher deux millions pour tourner une pub pour un whisky nippon et Charlotte (Scarlett Johansson) jeune étudiante censée accompagner son photographe de mari.

Deux citoyens américains dans une ville hostile, à la culture et la langue différentes, finissent par se rencontrer. Bob et Charlotte vivent dans le même hôtel. Ils se croisent plusieurs fois et alors qu'ils n'ont rien en commun et que dans leur pays d'origine, ils ne se regarderaient peut-être pas, ces deux là, à cet endroit et à ce moment là, vont passer quelques jours ensemble.

Malgré leur différence d'âge, ils ont en commun un même ennui (qui était déjà au cœur de la vie des 5 sœurs Lisbon dans "Virgin suicides") et des doutes qui grondent: Bill sur son passé et Charlotte sur son avenir.

La grande réussite de Sofia Coppola est de rendre palpable grâce à sa mise en scène l'état de déboussolement dans lequel se trouvent les deux protagonistes.

Par une attention fétichiste aux choses, elle crée un univers fragile dans lequel évoluent nos deux zombies, écrasés de fatigue par le décalage horaire et les insomnies.

Nous dérivons comme eux dans ce Tokyo étrange, technoïde, bruyant et parfois terrifiant dans le bar ou la salle de gym du grand hôtel, les salles de jeux, les soirées karaoké…

Comme dans "Virgin suicides" (construit en un mélange de rêveries, fantasmes, souvenirs…), le temps est dilaté, ou plus exactement le temps n'existe plus car ne supportant pas le décalage horaire, Bob et Charlotte vivent essentiellement la nuit. Sofia Coppola construit son film en une série de scène-sensations, faisant fi des intrigues carrées où le spectaculaire domine.

C'est aux instants de bonheur, aux choses et aux sensations les plus infimes que s'attachent à représenter la réalisatrice. Dans son premier film, elle regardait des garçons en train de regarder des filles. Ici, elle observe deux êtres perdus dans l'immensité d'une ville qui leur reste tellement étrangère qu'ils finissent par ne plus voir qu'eux et par se raccrocher l'un à l'autre.

« Cécilia fut la première à partir » était la première phrase de "Virgin suicides" et d'emblée, elle évoquait l'issue fatale des autres sœurs. Dans "Lost in translation", on apprend rapidement que Bob repartira chez lui plus vite que Charlotte, que ces deux-là peut-être ne se reverront jamais et c'est cet aspect éphémère qui rend leur non-histoire d'amour si belle et émouvante.

"Lost in translation" est sans conteste le premier grand film de cette nouvelle année.

Auteur :Christophe Roussel
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