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Lou Reed’s Berlin : Critique n° 1

Le réalisateur du "Scaphandre et le Papillon", Julian Schnabel a filmé ce concert donné à Brooklyn par Lou Reed, en 2006. Lou Reed reprend son album mythique, Berlin, sorti en 1973, et est accompagné d'un orchestre pluriel et complet. Ce concert est une claque visuelle et sonore ! Berlin c'est un des titres de l'album éponyme de Lou Reed. C'est aussi le mythique concert donné par l'artiste à Brooklyn, en 2006. Un concert assez remarquable ! Précisons pourquoi.

Lou Reed quitte le groupe The Velvet Underground, en 1972. Un groupe qui à l'époque resta dans l'ombre des cracks du rock, qui souffrit aussi de l'émergence du rock de la côte ouest, l'ouragan The Doors notamment. Berlin n'est pas le tout premier album de Lou Reed en solo, mais il est celui qui le consacra. Berlin est devenu mythique. On admettra l'idée comme quoi Lou Reed est un des plus gros moteurs de la floraison des groupes rocks, à la fin des années 60 et pendant les seventies.

Julian Schnabel a été contacté pour mettre en image ce concert, que Lou Reed décide de donner à Brooklyn, en 2006. Ce réalisateur, peintre à ses heures passionnés, a conçu les décors de scène. Pour finir sur le travail de Schnabel, avant de parler musique, il faut mentionner la grande qualité de sa réalisation. Il doit jongler entre une trentaine de musiciens, présents tout autour de Lou Reed, et on retiendra, entre autres, ce brillant travelling entre les mains de quatre de ses musiciens, ou encore cette immortalisation de Lou Reed lors de cadrage portrait audacieux. Emmanuelle Seigner endosse le rôle de Caroline, qui est la concubine de Jim, deux drogués refoulant la mort. Julian Schnabel sème tout au long de ce concert des séquences où Emmanuelle Seigner est mise en situation, quoique son interprétation reste vague.

Musicalement parlant, le spectateur sera envoûté, tourmenté, baladé, transporté, hypnotisé. Lou Reed appose sa voix « parlé/chanté » sur des mélodies hybrides : sur une même chanson on passera d'une balade folk à de l'instrumental soit hypnotique soit envoûtant. Sauf que ses balades à lui, sont édulcorées par des textes sombres et obscurantistes, faisant de la mort le moteur de la vie de ce couple de drogués, Caroline et Jim. Des balades apocalyptiques, qui ne sont pas du même ordre que celles, pleines de poésie, de Bob Dylan. De toute façon, l'orchestre de Lou Reed fait que celui-ci ne surfe pas sur le même genre de musique que Bob Dylan. Sur la scène de Brooklyn, le chanteur new-yorkais est accompagné de guitaristes, grattes sèches et électriques, et d'une batterie, mais aussi de violoncellistes, violonistes, trompettistes, percussionnistes et d'une dizaine de jeunes femmes choristes, qui sont la crème de la crème du Brooklyn Youth Chorus, la Chorale de la Jeunesse de Brooklyn.

Imaginez bien que la musique que vous entendrez alors, est diverse et variée. Mais dites vous surtout que Lou Reed est armé d'un chef d'orchestre pour coordonner tout ce monde. Lou Reed ne se gênera pas pour imposer des moments d'improvisation, qui mèneront chacun de ses associés à prendre à leur tour les reines de la mélodie. Dans ces moments-là, Lou Reed fixe des yeux le public, et coordonne son orchestre en levant le bras et en employant une palette subtile de mouvements de mains, claquements de doigts, tremblements contrôlés, mouvements soudains de l'avant-bras vers le haut ou vers le bas. Lou Reed s'amusera aussi à partir en impro avec ses deux guitaristes. Et on finira par être stupéfait par la richesse musicale de ses inspirations, lorsqu'il s'offre un duo d'envergure avec Antony, qui manie la vocalise et la nuance de ton avec un étrange mélange de féminité et masculinité.

"Lou Reed's Berlin" ne souffrira que d'une chose, pour obtenir le succès qu'il mérite : son nombre insuffisant de copies. On est en train de cloisonner quelque chose, qui en couple par exemple, participe amplement à l'envoûtement des sens. Julian Schnabel réussit presque à combler la seule erreur de "Lou Reed's Berlin", celle de ne pas être présent dans la salle !
Auteur :Frédéric Coulon
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