Critiques

L’un des nôtres : Un ascenseur émotionnel

Par Alexa Bouhelier-Ruelle

 

"L'un des nôtres" s'apparente à plusieurs catégories et genres cinématographiques dont le thriller et le road movie en tête. Néanmoins, Kevin Costner retrouve aussi un univers qu'il connait bien : le western. Un retour qui démontre définitivement que l'acteur américain est très à l'aise dans les grandes étendues américaines.

L’intrigue de ce néo-western noir bascule après un acte désespéré de nos deux protagonistes. Une action qui révèle finalement la vraie nature de ce film, à l’opposé du film politiquement correcte et parfaitement réalisé du début, "L’un des nôtres" devient soudainement un thriller sanglant. On retrouve le duo Diane Lane et Kevin Costner à la recherche de leur petit fils, dans l’Amérique des ranchs et des grandes étendues, il y a de ça une cinquantaine d’années. Le couple représente les valeurs familiales, une nostalgie pour un film comme "La Prisonnière du Désert" mélangé avec un scénario clivant à la "Midsommar". Si, sur le papier, ce drôle de mélange vous semble farfelu, rassurez-vous l’intrigue est solide. "L’un des nôtres" n’est pas subtil, certes, mais en tant que de genre, il apparaît finalement original et bien construit.  

Dans un premier temps, "L’un des nôtres" nous amène sur le terrain de la perte d’un enfant, le deuil, et le temps qui passe. Diane Lane et Kevin Costner sont Margaret et George Blackledge. Il est retraité des forces de l’ordre, avec un badge et un pistolet sorti tout droit d’un western dans le tiroir de la commode. Vous allez me dire, la moitié du temps Costner ressemble à un shérif sorti tout droit d’un vieux western, ce qui est un compliment. De son côté Diane Lane est une tendre femme au foyer qui débourrait les chevaux du ranch, et qui maintenant concocte des gâteaux dans sa cuisine. Tout va bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que leur fils meure dans un accident. Costner redevient alors l’un de nos martyrs préférés sur grand écran. Même s’il ne meurt pas dans un film, il doit presque tout le temps souffrir, mais cela noblement.

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Kevin Costner et Diane Lane - Copyright 2020 Universal Features

Dans les années 90, il avait cette capacité à exprimer une certaine sensibilité, mélangé à un machisme à la Gary Cooper. Avec quelques années en plus, il est devenu un peu plus bourru. Toutefois, la souffrance « Costnerienne » reste intacte : que ce soit en disparaissant au sein d’une tornade dans "Man of Steel", en se battant contre le cancer dans "3 Days to kill", ou juste en étant un père regrettable dans "Le Grand Jeu". Il reste remarquable dans sa tristesse. En effet, "L’un des nôtres" ne perd jamais de vue la dynamique de ses personnages : avec une Diane Lane qui mène la danse, non seulement motivée par l’amour d’une mère, mais aussi par une colère justifiée. Trop souvent les femmes ayant perdu un enfant sont dépeintes comme instables, alors que les hommes restent stoïques. Et, dans ce rôle, Diane Lane est charismatique. Cette quête que le couple entreprend reste néanmoins solennelle, comme si les paysages de vallées, montagnes et autres grandes étendues américaines reflétaient leur état d’esprit. Ils échangent sur des thèmes comme la vieillesse, le fait de lâcher prise et sur leurs futures actions pour récupérer leur petit-fils : cette conversation fait apparaitre deux personnes se réconciliant avec le temps qui passe, et le fait que leurs jours sur cette terre sont comptés.  

"L’un des nôtres" n’est pas grandiose ou prétentieux. Thomas Bezucha, réalisateur et scénariste, adapte ici le roman de Larry Watson, en ajoutant quelques pépites entre ce duo d’acteurs légendaires. En face, nous avons les Weboy : une famille composée de personnage haut en couleur, de l’interprétation de Jeffrey Donovan, Will Brittain et l’incroyable Lesley Manville dans le rôle d’une matriarche à la main de fer, avec ses boucles blond platine, enchainant les cigarettes et où l’offre d’un diner ressemble plus à une mise à mort. Cette famille, dans sa grande maison grise au milieu de nulle part, pense qu’elle a du pouvoir. Toutefois, Costner et Lane arrivent et sont prêts à tout.

Passé le sublime jeu d’acteur, l’aspect le plus surprenant du film est son esthétique, très loin d’un western classique, c’est un film d’action bourré d’héroïsme. Sous la surface d’une création lisse d’un grand studio hollywoodien (et venant de l’homme qui a réalisé "Esprit de famille" et "Bienvenue à Monte Carlo") "L’un des nôtres" est une réalisation solide, ancrée dans la réalité. Cette réalité exulte de la simplicité de cette quête. Sur le papier, encore une fois, ce film peut paraitre un peu léger. Cependant, la patience du réalisateur dans sa direction donne aux personnages que l’on rencontre de l’espace pour grandir et évoluer.

Pour toute sa simplicité en surface, "L’un des nôtres" se révèle être un ascenseur émotionnel très bien réalisé, avec des décors et des paysages absolument incroyables et une dernière demi-heure plus qu’efficace. Ce film a vraiment sa place sur grand écran et ne peut qu'inviter à souhaiter le retour dans les salles obscures quand nous le pourrons enfin...  

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